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http://homosexualites.net HOMOSEXUALITÉS ET SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE Chroniques, chantiers et pistes de pionniers |
Mise à jour : 18 janvier 2009. Site optimisé pour Fire Fox |
Documents et textes rédigés à partir d'observations, d'actions ou d'interventions militantes ou professionnelles auprès des
personnes ou des organisations homosexuelles, des institutions et des services publics, à Montréal et au Québec.
Documents inédits ou dont la diffusion fut restreinte: versions intégrales de textes incomplets publiés, rapports internes
ou de recherches, mémoires, matériel de formation, articles, témoignages, etc.
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Jacques Beausoleil
Les auteurs / éditeurs | Nos objectifs | André Faivre | Auteurs invités ou accueillis Liste de ses textes | Son curriculum gai |
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ET LE RÊVE NE PASSE PAS La poursuite d'une vision |
À 75 ans bien sonnés, si je me demande quelle a été la pierre angulaire sur laquelle repose l'édifice qu'a été ma vie,
je la trouve en cette parole que m'a adressée mon institutricve, à l'âge de 12 ans : Tu sais, mon petit,
c'est important qu'il y ait des gens qui critiquent, autrement c'est dangereux. Mais, il y a mieux : c'est travailler
à apporter des changements. Souviens-toi que tu es responsable du milieu dans lequel tu vis.
C'est dans le cadre du mouvement de la Jeunesse étudiante catholique que des maîtres m'initient au changement social sans violence. À la fin des mes études classiques, en 1954, je choisis d'entrer chez les Pères dominicains avec un seul objectif : devenir un religieux qui participera à cette révolution tranquille que le Québec progressiste d'alors réclame à grands cris, ce qui présuppose une réforme en profondeur tant de l'Église catholique romaine que de la société civile, liées ensemble comme deux sœurs siamoises. Et ce rêve de jeunesse s'effondre le jour où je tombe amoureux fou d'un confrère de ma communauté. C'est là que je prends conscience de mon homosexualité. J'entre alors dans une dépression qui sera plus tard soignée par une thérapie intensive d'un an et demi et je quitte cette communauté religieuse pour retrouver à l'Université de Montréal un amant perdu dont j'étais toujours amoureux fou. Étudiant en psychologie du travail et de l'organisation à l'Université de Montréal, je garde le contact avec cet amant ambivalent. Sa perte - il m'annonce qu'il se marie - est un choc qui engendre un traumatisme : le désir des hommes disparaît totalement et c'est alors que je me marie, convaincu d'être guéri. Mais le rêve réapparaît au moment où mon professeur et directeur de thèse me propose un projet que je trouve exaltant : travailler à l'humanisation des entreprises du Québec et à la valorisation des gestionnaires canadiens français, selon le vocabulaire du temps. C'est ainsi que de 1962 à 1971, je me jette à corps perdu dans la recherche, l'enseignement et la gestion au sein des divers départements d'enseignement de la gestion de l'Université de Montréal. Pendant ce temps, l'équipe met au point un programme de formation des gestionnaires sur le changement des valeurs et des attitudes nécessaires pour mieux intégrer la réalisation de la mission de l'organisation et le développement personnel des employés qui en font partie. C'est ainsi que cette équipe quitte l'Université de Montréal en 1971 pour fonder une entreprise privée de consultation en gestion des ressources humaines et en développement organisationnel. J'en fais partie durant neuf années. Dès la deuxième année, un événement majeur survient : le désir affectif et sexuel des hommes refait violemment surface. Professionnel en plein essor, catholique en recherche du renouvellement de sa foi, marié et père de trois enfants - le quatrième est en gestation - dont le plus âgé a 19 ans, je me sens incapable d'assumer un tel désir. J'entre dans la clandestinité et la lutte avec moi-même s'installe à demeure. Neuf autres années plus tard, au cours d'une expérience spirituelle inoubliable, je me vois confirmer dans mon homosexualité et, au printemps1983, à l'âge de 50 ans, je le dévoile à mes familles, à mes amis, à mes collègues ainsi qu'à mes clients. Une ère nouvelle s'ouvre. Je décide alors de vivre à visage découvert et d'éliminer toute ombre de clandestinité de ma vie et de m'engager comme militant dans le milieu gai. Et le rêve continue : favoriser l'avènement d'une société favorable à l'épanouissement des gais et des lesbiennes comme individus et comme groupe. Dès ma sortie de la clandestinité, j'entre en contact avec un jeune pédéraste qui me demande de l'accompagner dans la recherche de son orientation affective et sexuelle. Après une forte résistance, j'accepte et il me fait entrer dans un univers en partie souterrain dont ma compréhension ira en s'élargissant, même encore aujourd'hui malgré son suicide. Cette démarche m'a conduit, entre autres activités, à la participation à un premier groupe de réflexion sur la pédophilie et la pédérastie initié et coordonné par une professionnelle et, ensuite, à un second groupe, beaucoup plus tard, mis sur pied avec André Faivre. Et les engagements dans les groupes des communautés gai et lesbienne s'enchaînent. Très tôt, je deviens animateur des rencontres hebdomadaires au Groupe de discussion du mercredi (GDM). L'année qui suit est l'année de tous les stress. Je tombe malade et me retrouve à Québec. J'y rencontre un jeune homme merveilleux et, un an plus tard, nous commençons à vivre ensemble. Ce voyage durera 16 ans. En mai 1985, à la demande du président co-fondateur de l'Association des Pères gais de Montréal ( APGM), j'accepte de mettre sur pied et de coordonner le volet Transit dont le but est d'accompagner un petit groupe de pères gais durant la traversée de la période si difficile où ils ont à assumer leur orientation affective et sexuelle gaie tout en réorganisant leur vie familiale et sociale. Quelques mois plus tard, je deviens président de l'Association. Avec une équipe admirable, je réussis à consolider cet organisme en le dotant d'une mission claire, de valeurs définies, d'un programme d'activités articulé et d'un membership en progrès. Et l'APGM reste, en plus, pour moi, une école de vie et de prise de conscience sociale. Semaine après semaine, j'entends les récits de vie de ces pères gais avec leurs détresses et leurs victoires. À mesure que les mois passent, je prends conscience du rôle de cette société qui amènent de jeunes adultes gais à fonder des familles qui éclateront plus tard et qui devront se réorganiser la plus part du temps dans la détresse. L' Association vient en aide à la détresse de ces pères gais en aval, mais la société l'engendre constamment en amont. C'est cette prise de conscience qui me fait accepter avec autant d'enthousiasme de répondre à la demande d'André Faivre de participer à la création de la Coalition des organismes des minorités sexuelles du Montréal métropolitain consacrée au changement social et politique. Durant deux ans, je copréside à travers vents et marées les destinées de ce jeune organisme qui reprend la route là où l'avait laissée l'ADDGQ cinq ans auparavant. Certains souvenirs de cette période intense, complexe et dense, vécue comme bénévole et à temps partiel au cœur d'une carrière professionnelle en plein essor, restent vifs : récupérer une part d'héritage du conseiller municipal Raymond Blain avant que le sida ne l'emporte lui aussi ; comprendre les enjeux de société surtout pour mieux répondre aux demandes des médias ; participer aux discussions sur les divers dossiers pris en charge par le conseil fédéral de la Coalition, son comité exécutif ou ses divers comités ; défendre les orientations et les valeurs adoptées par l'organisme ; arbitrer certains conflits internes, animer certaines rencontres du Conseil fédéral portant sur des sujets spécifiques tel le choix des membres de la Coalition. À ce sujet, le Conseil a rapidement accepté comme membres les organismes à prédominance gaie, lesbienne, bisexuelle ou transsexuelle mais, après un débat plutôt bref et en partie émotif, il refuse la participation d'éventuels regroupements pédophiles ou pédérastes, rejouant auprès de ces derniers le rôle discriminatoire qu'il reproche à la société à son égard. À cela s'ajoute évidemment le support aux deux grands projets de la Coalition : a) la reconnaissance politique des conjoints de fait de même sexe, sous la coordination de Daniel Lanthier, en pilotant l'équipe qui s'est présentée au Sommet de la Justice de 1992 ; b) la sécurité publique et les rapports avec la Police, sous la coordination d'André Faivre, en coordonnant l'équipe qui avait la responsabilité des rencontres de sensibilisation du poste 25 de la Police de Montréal. Suite à une véritable tempête surgie au cours de la deuxième année qui amène un petit nombre d'organismes membres à demander la destitution du président sans pouvoir l'obtenir, je décide de ne pas renouveler mon mandat, en novembre 1992. Tout au long de ces années 1984 à 1992, j'ai la sensation de poursuivre un véritable travail d'éducateur auprès de la population en participant à diverses émissions de télévision ou de radio comme Parler pour parler, Le match de la vie, Enjeux, SRC Bonjour, CIBL et TVA.. Lentement, je reprends un contact plus étroit avec mes enfants qui m'apportent chaleur, compréhension et support. Nous sommes la première famille d'un père gai à venir à la télévision. Je poursuis mon travail professionnel auprès des organismes clients en affirmant constamment mon orientation affective et sexuelle, aidé en cela du fait que je vis en couple. Évidemment, je deviens de plus en plus sensible à ce qui touche la qualité de vie des gais et des lesbiennes au travail. Au printemps de 1993, à la suggestion de André Faivre, la création du Réseau gai d'action, d'influence et d'éducation du Québec me permet de me remettre en marche. Une de mes joies fut qu'au moment où les 11 leaders sociaux du groupe de réflexion et d'échange sur les homosexualités se retrouvent autour de la même table, tous sont de mes clients ou clientes. Mon témoignage a porté fruit. Au cours de ces années également, je voyage de plus en plus hors du Québec et du Canada et je deviens de plus en plus sensible à la situation des minorités sexuelles dans le monde. Je deviens membre d'Amnistie internationale au moment où elle décide de prendre la défense des gais et des lesbiennes militants et ostracisés. Un jour, je décide de répondre à une demande qui m'est adressée par l'intermédiaire de l'APGM de la part d'un couple gai de Montévidéo (Uruguay). L'épouse d'un des pères demande devant la Cour la déchéance parentale de son époux. Ne pouvant me rendre sur place malgré mes efforts, j'envoie de nombreux documents tant sur la situation des pères gais que sur la défense des droits et sur les moyens d'intervention auprès de la population du Québec. Ce père gai m'informe qu'il a gagné sa cause et, inspirés par l'information que j'ai envoyée, lui et son compagnon, deux professionnels, viennent de fonder le premier groupe de défense des droits des gais et des lesbiennes en Uruguay. C'est une grande joie. Le Réseau gai m'apprend qu'on peut œuvrer au changement social par d'autres chemins que l'engagement dans des associations ou des groupes. Je décide alors que le moment est venu de sortir du milieu gai lui-même pour amener des organismes sociaux battant pavillon hétérosexuel à s'intéresser à la situation des gais et des lesbiennes. C'est ainsi qu'après un an de contacts avec la filiale montréalaise de l'Association canadienne de santé mentale, j'initie en 1994 un comité permanent portant le titre de Famille et qualité de vie des gais et des lesbiennes. Ce comité que j'ai quitté pour des motifs personnels quatre ans plus tard n'a cessé d'être actif par le truchement de colloques, de publications et de projets spéciaux. C'est au cours d'un de ces colloques que je donne une conférence sur Homosexualité et vieillissement, une première au Québec. C'est dans le cadre du travail avec cet organisme que j'entre également en contact avec le responsable du Comité de santé mentale du Québec chargé de publier un livre sur les familles en transformation et où je signe un chapitre intitulé Homosexualité et famille écrit en étroite collaboration avec André Faivre avec qui j'avais réalisé la recherche préalable sur le terrain et l'analyse des données et des observations recueillies. Mais, le point culminant est certes la décision, au moment où la retraite approche, de faire l'unité entre mon engagement comme militant gai et mon engagement comme conseiller en gestion. La décision m'apparaît d'autant plus importante que pointe à l'horizon l'arrivée des lois qui vont reconnaître les conjoints de même sexe avec toutes les implications au travail telles que préconisées par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Je décide alors d'investir dans le développement d'un volet professionnel au sein de mon entreprise. Je conçois un vaste projet de consultation, de formation des gestionnaires, d'intervention individuelle, de recherche et de développement organisationnel concernant la qualité de vie des gais et des lesbiennes au travail. Je mets au point une journée de formation des gestionnaires sur le sujet avec la collaboration de ma fille Sylvie, graduée en gestion de projets à l'UQAM. La participation de certains individus à ces ateliers amènent par la suite certaines demandes spécifiques de développement concernant la qualité de vie des gais et des lesbiennes au travail de la part d'un certain nombre d'organisations. Le projet le plus important demeure certes la demande du Service de police de Montréal de créer et d'animer un atelier destiné à plus d'une centaine d'agents seniors des postes de quartier sur la qualité de vie des policiers et policières gais et lesbiennes de l'organisation. Et le rêve du changement des attitudes et des mentalités se poursuit avec ce site Internet. Parti avec l'idée de me délester du passé d'une manière qui puisse être utile à d'autres, c'est avec enthousiasme que je réponds à la proposition d'André d'initier avec lui un site Internet que je vois comme un lieu de liberté, de créativité et de prise de parole par d'autres. Et c'est ainsi que le rêve ….ne passe pas et se poursuit. |
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NOTE Les termes pédophilie et pédérastie correspondent à l'orientation affective et sexuelle particulière des personnes dont je parle et non à une catégorie des comportements et des attitudes qu'on leur prête généralement. RETOUR |
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