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Chroniques, chantiers et pistes de pionniers.

Mis en ligne : 27/12/2008
Mis à jour : 18/02/2009


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Au delà des différences, un intérêt qui rassemble
André Faivre   |   novembre 1993   |  
Loisirs / Sports
PREMIÈRE PUBLICATION

Au delà des différences, un intérêt qui rassemble
Mémoire de l'AMGQ à la Commission des droits de la personne et de la Jeunesse
sur la discrimination et la violence faites aux gais et aux lesbiennes


TABLE DES MATIÈRES

Introduction : motifs de la présentation d'un mémoire
L'Association des motocyclistes gais du Québec : bref historique et description de l'association
Différents, avec les autres : l'intégration de l'AMGQ dans le monde de la moto
Le temps d'apprivoiser : quelques mécanismes de cette démarche
Une réalité inégale : Montréal et les régions
Faut-il en rire ? : l'humour comme outil de communication
Le miroir des autres : quelle fierté collective ?
Conclusions : une expérience à diffuser et à répéter
Recommandations : pour consolider les acquis et développer
Les Monnayeurs du Gai-bec




INTRODUCTION
Motifs de la présentation de ce mémoire


A priori, l'Association des motocyclistes gais du Québec n'avait pas l'intention de se faire entendre aux audiences publiques de la Commission des droits de la personne du Québec ni de lui présenter un mémoire.

L'AMGQ consacre ses énergies au motocyclisme et principalement pour le bénéfice des motocyclistes gais. Aucune de ses expériences collectives ne s'insérait dans les thèmes explorés par la Commission. Il ne lui semblait alors pas utile d'ajouter son témoignage.

Mais la lecture récente du document Dire enfin la violence du Comité sur la violence (CSV) de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Grand Montréal (TCLGGM), présenté à la Table multipartite réunissant des représentants de la CUM, de la Ville de Montréal, de la Commission des droits de la personne du Québec, du SPCUM, de la Régie régionale de Montréal-Centre et de Tandem, a provoqué notre décision de participer aux audiences publiques de la Commission et de présenter ce mémoire.

L'AMGQ était membre de la Coalition des organismes des minorités sexuelles du Montréal métropolitain qui fut le maître d'oeuvre de la concertation avec le SPCUM et du développement du dossier des conjoints du même sexe depuis sa fondation et jusqu'à la fin de 1992. Mais, malgré une proportion de 44 % de son membership résidant sur le territoire de la CUM, l'AMGQ a choisi de ne pas s'associer à la Table de concertation (TCLGGM).

L'AMGQ est solidaire des communautés gaies et y joue un rôle adapté à ses priorités et à celles de ses membres : à plusieurs reprises, les motocyclistes de l'association ont assuré le service d'ordre motorisé lors d'événements de grande envergure comme la journée de la Fierté gaie et la Marche de la Fondation Farah. Elle ne peut cependant participer ni appuyer le Comité (CSV) et la Table de concertation (TCLGGM) parce que, jusqu'à maintenant, leurs valeurs et leur philosophie d'action sont apparues trop éloignées, voire opposées, aux siennes et à ses objectifs fondamentaux.

L'AMGQ réfute catégoriquement le portait sombre et pessimiste de la société québécoise que propose le Comité (CSV) et la Table de concertation (TCLGGM) et elle refuse avec autant d'énergie de se laisser contaminer par la psychose d'assiégés qui conditionne les déclarations, les représentations et les actions de ces deux organismes au sujet des rapports entre les gais et les québécois.

Bien sûr, des gais et des lesbiennes souffrent encore, aujourd'hui et depuis longtemps, de l'homophobie chronique de certains de leurs concitoyens; ils doivent subir dans leur vie personnelle, sociale et professionnelle les conséquences d'attitudes, de comportements ou de règles discriminatoires; plusieurs traversent douloureusement une victimisation inacceptable. Pour ces raisons, ou pour d'autres motifs d'ordre personnel, des gais et des lesbiennes vivent encore leur affectivité et leur sexualité dans la clandestinité et le compromis.

On ne peut nier cependant -- ni surtout cacher par une omission qui frise la désinformation -- que notre société évolue, que de plus en plus de personnes d'orientation homosexuelle s'épanouissent et que de plus en plus d'hommes et de femmes d'orientation hétérosexuelle, épris de justice et sereins, vivent, travaillent et occupent leurs loisirs avec des gais et des lesbiennes.

Après un premier chapitre de présentation de l'AMGQ, ce court mémoire témoignera donc des expériences positives de l'Association des motocyclistes gais du Québec inc afin de rendre justice à la vérité et de briser le quasi monopole d'une information contreproductive qui démobilise l'accueil et les efforts de nos concitoyens qui veulent nous connaître et nous comprendre et qui enferme les gais et les lesbiennes dans un climat de citadelle assiégée.


BIEN DANS MA PEAU SUR MA MOTO


L'ASSOCIATION DES MOTOCYCLISTES GAIS DU QUÉBEC
Bref historique et description de l'association


L'Association des motocyclistes gais du Québec a été fondée et s'est incorporée au début de 1989 pour répondre aux besoins légitimes des motocyclistes gais de se reconnaître et de se regrouper et pour briser l'isolement de ceux qui demeurent hors des grands centres urbains comme Montréal et Québec.

Au cours de ces cinq ans, malgré une promotion minimale, 95 motocyclistes gais ont adhéré à l'association qui compte actuellement 66 membres. La majorité (56 %) d'entre eux vivent hors du Montréal métropolitain, dans toutes les régions du Québec, de la Côte-Nord à l'Outaouais et des Laurentides à l'Estrie, en passant par la Mauricie, la région de Québec, la Beauce et la Gaspésie.

L'AMGQ est la seule association motocycliste gaie francophone et une des plus importantes associations motocyclistes gaies d'Amérique. Elle est en relation avec des associations similaires de France et avec la Fédération Gay et Lesbiennes Motard(e)s d'Europe.

L'association n'est pas un club social ni un groupe de rencontre; toutes ses énergies et ses ressources sont consacrées au sport et au loisir de la moto. En plus d'organiser des activités-moto et des services pour ses membres et de les représenter, elle cherche à promouvoir le motocyclisme dans les communautés gaies et elle assume et valorise la présence des motocyclistes gais dans le monde de la moto.

L'AMGQ est explicitement et ouvertement un regroupement de motocyclistes gais et elle se définit publiquement comme tel. Elle reconnaît cependant à ses membres le droit de déterminer individuellement les modalités de l'affirmation sociale de leur orientation sexuelle. Dans la mesure du possible, l'association exerce la prudence et la discrétion nécessaire au respect des limites individuelles de chacun au sujet de l'affirmation publique personnelle de son orientation sexuelle.

En 1994, l'AMGQ célébrera pendant douze mois son cinquième anniversaire et proclamera sa fierté, autant dans les communautés gaies que dans le monde de la moto et aux yeux de la population en général, par une série de projets de festivités (activités), de visibilité (média), de promotion (outils) et de reconnaissance de ses acquis (signes d'appartenance).


FIERTÉ


DIFFÉRENTS, AVEC LES AUTRES
L'intégration de l'AMGQ dans le monde de la moto


En 1988, pendant les mois de préparation et d'organisation qui ont précédé sa naissance, les fondateurs de l'AMGQ avaient contacté la Fédération motocycliste du Québec (FMQ) -- alors Fédération de Moto-Tourisme du Québec (FMTQ) -- pour connaître la possibilité, les modalités et les avantages d'une affiliation.

À cette époque, des règles très rigides déterminaient la dénomination sociale des associations qui voulaient devenir membre de la Fédération: il fallait utiliser le terme générique association moto-touriste et un terme spécifique géographique local. Or, il n'était pas question pour l'AMGQ de changer de nom en abandonnant son caractère national (du Québec) ni ses caractéristiques uniques : celles de regrouper tous les motocyclistes (et non seulement des usagers de motocyclettes de tourisme) gais. L'AMGQ est donc née hors du giron de la Fédération et ses fondateurs ont décidé d'attendre que les choses évoluent pour l'associer au plus important organisme motocycliste du Québec.

Deux ans plus tard, au cours de l'automne de 1990, la Fédération de Moto-Tourisme du Québec s'apprêtait à discuter de son ouverture à l'ensemble des motocyclistes québécois. Réunis en congrès annuel à Drummondville, 500 délégué-es des associations fédérées allaient discuter de résolutions permettant l'adhésion d'organisations motocyclistes différentes du modèle unique jusqu'alors autorisé par la FMTQ.

L'AMGQ requit donc et obtint du directeur général de la FMTQ l'autorisation d'envoyer deux de ses membres comme observateurs afin de vérifier si l'évolution des mentalités et des règles allait être suffisante pour permettre l'entrée de l'AMGQ au sein de la Fédération.

Ce qui se passa durant cette fin de semaine d'octobre 1990 mérite d'être raconté. En effet, ces événements furent décisifs, à la fois à l'origine de l'intégration de l'association des motocyclistes gais dans le monde de la moto québécois et le signe, pour nous, que les choses avaient définitivement changé au Québec.

Nos deux ambassadeurs [André Faivre et Marc Gauthier] sont arrivés le samedi matin et se sont immédiatement inscrits ensemble (braves, mais quand même...) à un des ateliers de discussion préalable des propositions.

Comme ils devaient s'abstenir à chacun des votes, l'AMGQ n'étant pas membre de la Fédération, leur attitude finit rapidement pas intriguer la cinquantaine de participants-es de l'atelier qui se mirent à entonner en choeur et avec humour le refrain « ... et 2 abstentions ! » comme une litanie du processus décisionnel en cours. Mais, au bout d'un certain temps, afin de ne pas pousser à ses limites le sens de l'humour ou du ridicule du groupe de l'atelier, nos deux représentants ne purent éviter d'expliquer leur attitude et leur statut d'observateurs. Et la question logique tomba, innocente: « De quelle association êtes-vous ? »

La réponse, pourtant bien articulée, dut être répétée deux fois: « L'association des motocyclistes GAIS du Québec ». Les réactions spontanées constitueraient un bon scénario de vidéo-clip: surprise, incrédulité, sourires de toute nature, quelques regards renfrognés, des chuchotements... des poignées de main... « Bienvenue chez nous »... et la discussion des propositions continua. Puis ce fut la pause pendant laquelle les plus courageux osèrent leurs questions. L'avant-midi se poursuivit dans un climat fort sympathique. La glace était brisée: on parlait moto.

La nouvelle se répandit à travers les 500 délégué-es durant le dîner. Les représentants de l'AMGQ firent l'animation de leur table: les uns s'informaient et les autres expliquaient. Puis vint, trop rapidement, le temps du rassemblement général pour la plénière de l'après-midi et l'assemblée générale décisionnelle.

Les deux motocyclistes de l'AMGQ prirent place à l'arrière, dans la dernière rangée. Arriva le moment de la discussion formelle des propositions cruciales: fallait-il ouvrir la Fédération aux associations différentes et aux 50 000 motocyclistes qui n'étaient pas membres de la FMTQ ? L'enjeu était double. D'une part, pour les progressistes, le développement et la représentativité de la Fédération: une question de solidarité et de survie. D'autre part, pour les conservateurs, la réputation des moto-touristes, la crème des motocyclistes (dixit), si chèrement construite et préservée depuis 15 ans: une question d'image et de valeurs à protéger.

Le débat était passionné. Un délégué de l'Estrie se leva et mis solennellement en garde l'assemblée contre l'arrivée de « toutes sortes de monde » qui entacheraient l'image du motocyclisme et qui allaient nuire grandement et à tout jamais à la belle réputation de la FMTQ. Il citait en exemple les propriétaires de Harley-Davidson (pourtant nombreux dans la salle), bruyants, impolis, « avec leurs caisses de bière sur leur moto », les « p'tits jeunes qui roulent en fous avec leurs motos-sport et qui font monter nos primes d'assurances » et, ajouta-t'il, « il y a même, ici dans la salle, une association de motocyclistes GAIS (la grimace était perceptible). Où est-ce qu'on s'en va ? Ca n'a pas d'allure du monde de même ! Faut pas qu'ils entrent dans notre Fédération ! »

Les deux observateurs retenaient leur souffle: la chose avait été dite. La seconde de silence, lourde, s'éternisait. Ils étaient 500. Des têtes se retournaient vers l'arrière. Qu'allait-il se passer ?

Ce fut un tollé ! Des sifflets et des huées fusèrent de partout. D'un seul bloc, les deux rangées devant les deux membres de l'AMGQ furent debout. T-Shirt noirs, bedaines, barbes, tatouages: « Assis toé, pépère ! C'est du monde comme nous autres. C'qui compte, c'est qu'i' roulent en bécyk. Y-en a des tapettes dans notre gagne, pis y-a rien là ! » Les trois quart de la salle se mit à applaudir.

Le Québec avait changé ! Un des mondes réputés les plus macho, celui de la moto, venait de le démontrer éloquemment.

En janvier 1991, l'Association des motocyclistes gais du Québec adhérait à la Fédération de Moto-Tourisme du Québec (FMTQ) qui, poursuivant son évolution, changea deux ans plus tard sa dénomination sociale pour celle de Fédération motocycliste du Québec (FMQ)

Depuis ce temps, l'AMGQ a pris sa place et ses représentants ont pu jouer des rôles importants au sein de la Fédération. Par exemple, en 1992, le vice-président de la région de Montréal (20 associations et plus de 1000 motocyclistes), un des porte-parole des motocyclistes montréalais auprès de la Ville de Montréal, ainsi que le vice-président de la Fédération et, en 1993, deux des responsables du journal officiel de la FMQ et le coordonnateur de la Fédération, étaient membres de l'AMGQ. Que ce soit au niveau national ou régional, des membres de l'AMGQ ont organisé et ont participé à des activités, à des luttes pour la défense des droits des motocyclistes (!), à des projets, toujours considérés, d'abord et avant tout, comme des motocyclistes parmi d'autres motocyclistes.

Jamais, au sein de la Fédération (FMQ), que ce soit dans des activités sociales ou de moto, un motocycliste membre de l'AMGQ n'a eu à subir une discrimination ou une violence quelconque, n'a été mis de côté, injurié ou traité avec mépris ou avec ironie à cause de son orientation sexuelle. Jamais !


« ... L'IMPORTANT, C'EST QU'ILS ROULENT EN MOTO ! »


LE TEMPS D'APPRIVOISER
Quelques mécanismes de cette démarche


Le temps d'apprivoiser. Apprivoiser prend du temps. Apprivoiser demande aussi des lieux et des occasions propices. L'intégration dans un milieu, les relations avec ces gens, la participation à ses activités, l'intérêt pour ses problèmes, sont autant de ces occasions nécessaires au processus d'apprivoisement.

La personne gaie se rend compte qu'on l'accepte. Les gens qu'elle côtoie se rendent compte de la situation, la découvrent et finissent par réaliser qu' il n'y a rien là. En fait, les intérêts partagés, les actions communes, la convivialité et la collaboration sont assez forts, s'ils sont authentiques, pour jeter des ponts et combler les vides, voire les faussés, de la méconnaissance et des préjugés initiaux.

C'est un processus d'apprentissage par l'expérience.

Ce chapitre présente certaines de ces expériences vécues par l'association et par ses représentants afin d'illustrer que les personnes gaies peuvent très bien cohabiter et interagir harmonieusement avec les autres à partir du moment où e lles cessent de se définir uniquement par leur orientation sexuelle. De la même manière, les gens, en général, sont capables de cohabiter et d'interagir harmonieusement avec les personnes gaies à partir du moment où ces dernières ne fonctionnent pas uniquement et a priori sur la base de leur orientation homosexuelle.

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La Fédération motocycliste du Québec et sa section montréalaise, l'Alliance motocycliste métropolitaine, n'ont jamais hésité à choisir un membre de l'AMGQ comme administrateur, officier, responsable ou représentant. Le dernier paragraphe du chapitre précédent en a donné quelques exemples.

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Plusieurs des commanditaires de l'AMGQ ne sont pas du milieu gai et n'ont pas hésité à associer leur nom à une association gaie. Des concessionnaires importants du monde de la moto métropolitain comme Moto International (section Harley-Davidson !) et Alex Berthiaume à Montréal, Sports Millette et Monette Sports à Laval ont acheté de l'espace publicitaire dans le MOTOGRAPHE, le journal de l'AMGQ, et ont supporté financièrement un de ses projets.

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En février 1992, Turbopress inc, propriétaire et organisateur du Salon de la Moto de Montréal, a confié l'organisation et l'animation de la conférence de presse de l'ouverture du Salon au coordonnateur de la Fédération (FMQ), le président de l'AMGQ.

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Il n'y a jamais eu de cachettes au centre de photocopie ou est produit le MOTOGRAPHE depuis trois ans. Le gérant et son personnel ont pourtant souvent eu l'occasion de regarder ce qu'ils photocopiaient. Ce fut au contraire l'occasion d'échanges intéressants.

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Dans leurs démarches politiques pour amener les développements qu'elles souhaitaient au sein de la FMQ, les associations progressistes ont considéré et traité l'AMGQ et ses membres comme des alliés et des partenaires, tous unis comme motocyclistes.

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A trois reprises en 1992 et en 1993, les membres de l'AMGQ ont collaboré avec les motards du SPCUM pour assurer les services d'ordre lors d'événements de grande envergure des communautés gaies, comme la parade de la Fierté Gaie.

L'AMGQ s'est portée volontaire à chaque fois pour la parade de la Fierté gaie mais, cet automne, pour la Marche de la Fondation Farha, c'est le service de la circulation du SPCUM lui-mêrme, au District 25, qui a pris l'initiative de faire appel à l'AMGQ.

Les échanges entre les membres de l'AMGQ et les motards du SPCUM et leurs officiers ont été bons. De part et d'autre, on brisait la glace en parlant moto.

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Lorsque l'AMGQ a assuré ce genre de service d'ordre motorisé, elle a comblé ses effectifs disponibles en intégrant dans son groupe des motocyclistes d'une autre association de Montréal. Les gars et les filles de l'AMT de Verdun étaient toujours heureux de venir donner un coup de main.

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Les membres de l'association qui font les démarches nécessaires à l'organisation de ses activités et de ses projets n'ont jamais jusqu'à maintenant été confrontés à une attitude malveillante d'un fournisseur : caisse populaire, imprimerie, bureau de poste, hôtel ou motel, salle, restaurant, etc. Les factures sont toujours faites au nom de l'AMGQ et l'association ne cache pas son caractère gai.

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Évidemment, ces expériences ne sont pas importantes à l'échelle de l'ensemble des gais et des lesbiennes du Québec ou du milieu gai officiel. Elles sont à la mesure d'une association nationale de 65 membres.

Elles témoignent pourtant d'une réalité actuelle dont elles sont des indicateurs non négligeables. Fruit de l'évolution personnelle et collective d'hommes et de femmes d'orientations sexuelles différentes, elles sont probablement multiples et beaucoup plus nombreuses que l'impression généralement admise le laisserait deviner. Elles sont comme des jeunes pousses d'une nouvelle espèce, récemment semées, invisibles et fragiles dans un champ de broussailles.

D'autant plus invisibles que les préjugés de la désinformation ou de l'information incomplète et biaisée les cachent au regard, d'autant plus fragiles que privées des soleils médiatiques. Et le champ passe pour inculte ou stérile. À ne mettre en lumière que les événements malheureux, on projette une image négative des gais et des québécois. Les uns s'enferment dans la crainte d'un environnement hostile ou malsain tandis que les autres continuent d'agir ou de ne pas agir, inconscients de l'évolution, engourdis par l'image reflétée d'eux-mêmes et la carence de stimuli et de renforcements positifs.

Chacune de ces expériences vécues par l'AMGQ et par des motocyclistes gais ont fait comprendre un des mécanismes importants des changements sociaux, qui fit le succès de campagnes publicitaires légendaires au Québec: Tout le monde le fait. Fais le donc. ou bien Plus de gens en mange.... . L'imitation.

Ces motocyclistes gais, leaders, participants ou camarades au cœur des activités et des événements du monde de la moto, furent à maintes occasions et pour beaucoup de gens le premier gai à qui ils serraient la main, avec qui ils discutaient, avec qui ils se solidarisaient. Des groupes de personnes se trouvèrent ainsi en train de fraterniser avec des gais ce qu'ils n'auraient sans doute pas fait autrement. Et ces groupes furent nombreux: associations, rallye, congrès, assemblées, manifestations, défilés, etc.

À certaines occasions, le climat positif, l'accueil et la camaraderie démontrés par plusieurs, ont eu un effet d'entraînement observable. Il est même certain que des gens peu favorables à la présence active de motocyclistes gais ont préféré se taire plutôt que d'être à contre-courant. Pour une fois que des gais peuvent profiter du phénomène ! Quand tes amis jasent avec des gars de l'AMGQ, il y a de bonnes chances que tu finisses par leur parler à ton tour. Quand les responsables de ton association invitent des gars de l' association des gais, ça te donne l'occasion de les rencontrer et de casser la glace en jasant moto.

Quand ton lieutenant, deux de tes confrères et quelques motocyclistes gais se racontent leur dernière aventure sur la route ou discutent des modèles 1994 d'Honda ou de BMW...

Ces situations, en plus de la force d'entraînement qu'elles exercent ou du potentiel latent qu'elles recèlent, donnent la possibilité aux québécoises et aux québécois qui sont à l'aise avec les personnes gaies et avec leur orientation sexuelle de l'exprimer et de le manifester, plus ou moins publiquement et de différentes manières. Elles favorisent aussi le dialogue, la discussion, la découverte, l'information, et même la confidence. De plus en plus de gens connaissent un membre de leur famille, un ami, un camarade de travail, un ami d'un ami, un voisin, un partenaire sportif, qui est gai et ils viennent en parler quand on les écoute.

Une manière de casser la glace et d'aller un peu plus loin dans l'apprivoisement d'une réalité qui n'est certes pas toujours facile à comprendre pour une personne qui n'est pas gaie, étant donné tous les mythes, les préjugés, les condamnations civiles, morales, médicales et religieuses qui collent encore, dans certains milieux, à l'orientation affective et sexuelle des gais et qui la défigurent.


IL N'Y A PAS D'APPRIVOISEMENT POSSIBLE
SANS LE COURAGE DE SE LAISSER APPRIVOISER


UNE RÉALITÉ INÉGALE
Montréal et les régions


Quoique des motocyclistes de toutes les régions du Québec aient été impliqués dans les réactions positives envers l'AMGQ au sein de la Fédération motocycliste du Québec, le centre de vie de l'association des motocyclistes gais demeure la région métropolitaine.

Il ne serait pas réaliste de passer sous silence les difficultés que rencontrent les gais hors des grands centres urbains de région de Montréal. Bien des membres de l'AMGQ peuvent en témoigner et ces difficultés justifient un des buts de l'AMGQ.

Ils ne parleront pas de discrimination ni d'homophobie, mais sûrement de préjugés et de résistance. Il y a pourtant des bars gais à Chicoutimi, à St-Georges-de-Beauce, à Prévost, à Trois-Rivières, à Sherbrooke, à Québec, à Hull, à Rimouski. Depuis deux ans des gais s'organisent et mettent sur pied des groupes dans presque toutes les régions du Québec. Si l'évolution régionale est plus lente que celle qu'a connue la métropole, elle n'en est pas moins réelle.

On demeure discret, on ne s'affiche pas. Les rencontres sont moins spontanées et demandent plus d'imagination et de stratégie. Souvent, la seule solution pratique et rapide est de profiter de la fin de semaine pour descendre ou monter en ville: Québec, Chicoutimi, Sherbrooke, à Montréal, etc.

La sortie d'un gai dans une ville de 8 000 ou de 15 000 habitants n'est pas aussi facile qu'à Montréal mais aucun des membres de l'AMGQ n'a raconté vivre un enfer ni ne s'est décrit encore comme une victime de discrimination ou d'homophobie.


BIEN DANS MA PEAU SUR MA MOTO


FAUT-IL EN RIRE ?
L'humour comme outil de communication


Les motocyclistes gais, qui ont fréquenté leurs camarades d'orientation affective et sexuelle majoritaire, ont réalisé qu'un des outils qui s'est révélé le plus puissant à l'usage, au cours du cheminement de l'AMGQ au milieu du monde de la moto, fut sans doute l'humour.

Celui qu'on entend et dont on rit de bon cœur et celui de la répartie. L'humour dédramatise et fait tomber les tensions, c'est bien connu. Surtout l'humour du plus mal à l'aise des deux qui n'a pas encore d'autre moyen pour en parler, souvent celui qui n'était pas gai. Sans cet humour, très rarement ironique, quelques fois maladroit, jamais méchant ni humiliant, plusieurs situations seraient demeuré figées, gênées, impersonnelles, plusieurs relations ne se seraient jamais établies et n'auraient jamais pu devenir ce qu'elles sont ensuite devenues.

Cet humour, qui est apparu nécessaire à celui qui approchait vraiment pour la première fois, à travers les membres de l'AMGQ, une partie de l'univers gai, ne fut possible que parce que ces gars de l'AMGQ ont été capables de l'entendre et d'en rire, de le comprendre pour ce qu'il était: une tentative de communication.

Il s'est révélé important pour les motocyclistes qui en étaient encore à leurs premières expériences de socialisation avec des gais de pouvoir exprimer directement ou indirectement ce qu'ils ressentaient. De part et d'autre, la comédie, le double sens, le jeu de mot, l'exagération ont souvent facilité le rapprochement, la conversation et même la confidence et la complicité. Les femmes et, en particulier, les conjointes des motocyclistes, ont joué un rôle déterminant, qui ne fut possible et efficace qu'à cause du climat décontracté qui s'est installé par l'attitude des membres de l'AMGQ.

Les gais ont avantage à laisser tomber les poings de temps en temps et à adopter une attitude plus propice à la communication que celles de la défensive, de l'agressivité ou de la fuite. Ils devront faire l'effort de comprendre les difficultés de l'autre à abandonner ses idées reçues et ses craintes face aux gais et à leur orientation affective et sexuelle. On ne parle pas ici d'accepter le ridicule, l'ironie ou le sarcasme. Mais quand c'est drôle, on peut rire, non ! Et faire rire.


COMMUNIQUER, MÊME EN RIANT !


LE MIROIR DES AUTRES
Quelle fierté collective ?


Une des grandes difficultés que vivent les gais dans leur insertion et dans leur reconnaissance sociales réside dans le fait, qu'à la différence des minorités visibles, ethniques ou culturelles, ils n'ont pas de fierté collective évidente. Pas de tradition ou d'histoire nationale, pas de religion ni de langue propre qui peuvent transcender les individualités, les regroupements, les points de vue et les parti pris. Leur inconscient collectif -- si une telle chose existe -- en occident, se compose d'images de péché, de damnation, de marginalité, de déviance, de névrose, de criminalité, de vice, d'acte contre nature, d'anormalité, de pédé, tapettes, fifis et autres épithètes semblables. Pas de quoi être fier !

Sur quoi les gais peuvent-ils bâtir leur fierté collective ? Quand on sait que de très nombreux gais hésitent beaucoup à franchir les murs de la clandestinité à cause de l'inconfort viscéral qu'ils ressentent à être associés à ceux qui servent de caricatures et qui alimentent les clichés éculés des média, à ceux qui expriment leurs différences par un exhibitionnisme radical, androgyne et provocateur, on peut comprendre que l'affirmation publique de son orientation affective et sexuelle soit difficile pour bien des gais.

Un signe est éloquent. Le triangle rose: symbole généralement utilisé pour identifier le caractère gai. Le triangle rose cousu sur les gais enfermés et massacrés dans les camps de concentration nazis. Le souvenir d'une victimisation. Quelle fierté ? Comme si Israël avait placé au centre de son drapeau l'étoile jaune du ghetto de Varsovie au lieu de celle, millénaire, du Roi David.

Faute de fierté collective, les gais ne peuvent être fiers que d'eux-mêmes, individuellement, personnellement. Pas le choix. Pourtant...

C'était une réunion des représentants des associations de la région de Montréal. Les discussions portaient sur les attitudes à prendre et les stratégies à choisir pour obtenir de la Ville de Montréal la levée des interdictions aux motocyclistes de circuler et de stationner dans plusieurs rues. Discrimination injustifiable et inacceptable.

Au cours des débats, un des participants s'adressa aux représentants de l'AMGQ: « Vous autres les gais, vous connaissez ça la discrimination. Vous avez l'habitude de vous battre. A votre avis, qu'est-ce qu'on devrait faire ? ». Incroyable ! Une image positive. Nous autres les gais, on pouvait être bons à quelque chose d'autre qu'à la coiffure, qu'à la décoration intérieure ou autres clichés similaires. Une crédibilité, une reconnaissance reliée directement à la collectivité gaie. Des militants, des lutteurs, des gagnants. Et ça prenait un hétéro pour nous le dire.

Et c'est vrai ! Ça prend du courage pour assumer d'être gai, à quinze ans à l'école, à trente ans ou à cinquante ans, dans sa famille ou au travail. Des gais se sont battus et luttent encore pour leurs droits. Ça prend du courage pour présenter son amant à sa famille, pour lui téléphoner ouvertement du bureau, pour inviter des voisins chez soi sans enlever à l'avance ses affiches, pour le dire à sa femme et à ses enfants, pour porter l'écusson de son association. En fait, les gais, les lesbiennes et les transsexuels-les, bien dans leur peau, sont des gens courageux. Valeurs: authenticité et courage.

Une fierté à se reconnaître.


AUTHENTIQUES ET COURAGEUX !


CONCLUSIONS
Une expérience à diffuser et à répéter


La lutte contre toute forme de discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, contre les manifestations de l'homophobie et contre la violence anti-gais est nécessaire et devrait être menée par toute personne éprise de justice et d'équité sociale.

Par contre, il est irréaliste, injuste et inefficace de voir les problèmes et les difficultés des rapports entre les gais et l'ensemble de la population qu'à travers la loupe de cette lutte. S'il faut, d'une part, combattre l'injustice, ce n'est pas, d'autre part, avec des lois, des règles ou des conventions collectives qu'on amènera les gens à comprendre et à accepter l'orientation affective et sexuelle des gais et des lesbiennes.

Les gais ont aussi la responsabilité de leur part du dialogue, de la rencontre et de l'apprivoisement. Qui d'autres que les gais peuvent entreprendre et réaliser ce programme d'éducation nationale à leur orientation affective et sexuelle ? L'éducation sera à la mesure de l'éducateur. L'éducation est d'abord une expérience de relations humaines. Peut-être qu'une partie de la population gaie devrait évaluer sa manière d'entrer en relation avec les autres.

L'AMGQ a constaté pour sa part qu'on ne réunit pas d'abord les hommes à partir de leurs différences mais autour de leurs intérêts communs. Ce n'est qu'ensuite que les différences individuelles ou collectives peuvent apparaître comme complémentaires et comme une richesse commune. La moto s'est révélée un médium efficace.

En fait, probablement que toute activité sportive, ludique, artistique ou même professionnelle peut être ou devenir un médium efficace. L'expérience de l'AMGQ dans le monde de la moto pourrait se répéter. Il en existe sans doute d'autres... d'autres pousses au milieu des broussailles.

Les communautés gaies de Montréal possèdent de nombreuses équipes sportives: hockey, natation, football, badminton, tennis, volley-ball, water-polo, etc. Combien d'entre elles rencontrent, pratiquent ou compétitionnent avec des sportifs ou des équipes sportives qui ne sont pas gais ? La même question se pose dans le domaine artistique. Des gais se sont aussi regroupés pour faire du théâtre, de l'improvisation, pour peindre ou chanter, etc. La vie communautaire de quartier, le syndicalisme, le bénévolat, bref presque toutes les activités humaines collectives, peut ainsi devenir une occasion de rencontre, de découverte et d'apprivoisement.

L'expérience positive de l'AMGQ devait être présentée parce qu'elle démontre que la lutte, la revendication, la dénonciation, les déclarations ou l'action politique ne sont pas les seules avenues qui conduisent à la reconnaissance pleine et entière des gais et de leur orientation affective et sexuelle dans la société québécoise.

Elle a aussi illustré que plus de gens que les préjugés des gais ne leur laissent croire sont capables de cette convivialité harmonieuse à partir du moment où les gais sont eux-mêmes prêts à laisser de côté, de temps en temps, leurs étendards et leurs bannières pour devenir des gens comme les autres.

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Nous espérons que le témoignage de l'AMGQ aura pu compléter l'éventail des points de vue présentés devant les membres de la Commission et nous leur soumettons cinq recommandations susceptibles de consolider les acquis des gais au Québec et de développer et d'approfondir leur intégration dans la société québécoise.


L'ÉDUCATION SERA À LA MESURE DE L'ÉDUCATEUR


RECOMMANDATIONS
Pour consolider les acquis et développer


Nous prions la Commission de

  1. Recommander aux ministères et aux institutions gouvernementales concernés de supporter financièrement et autrement les expériences d'intégration sociale et d'éducation des organismes gais qui favorisent dans la population la reconnaissance, la compréhension et l'acceptation de l'orientation affective et sexuelle des gais afin d'assurer leur plus large diffusion et influence.

  2. D'identifier, de reconnaître et de publiciser, dans la population en général et dans les milieux concernés, les acquis des gais et les expériences et les situations positives afin de valoriser et d'encourager la reconnaissance et la compréhension de l'orientation affective et sexuelle des gais aussi bien que les attitudes positives à leur égard.

  3. Recommander aux organismes gais sportifs et socioculturels de développer des liens avec les autres organismes du milieu dans leur champ d'action respectif.

  4. Porter une attention particulière à la situation des gais hors de la Métropole.

  5. Recommander aux média de faire appel à des personnes ressources gaies compétentes et crédibles afin d'améliorer sensiblement dans leur personnel le niveau de connaissance et de compréhension de l'orientation affective et sexuelle des gais et des phénomènes sociaux des communautés gaies afin de produire une information réaliste débarrassée des habituels clichés et préjugés.





Pages animées par Jacques Beausoleil, psychologue, et André Faivre, andragogue
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