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Mis en ligne : 21/03/2009
Mis à jour : 14/05/2009


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Lettre d'un ami gai à Mgr Gilles Lussier de Joliette
Jacques Beausoleil   |   Octobre 2003
Spiritualite / Philosophie / Religion
Famille / Couple
TEXTE INÉDIT

Lettre d'un ami gai à Mgr Gilles Lussier,
évêque du diocèse de Joliette


Lettre ouverte de Jacques Beausoleil au Devoir suite à un article de Mgr Gilles Lussier publié le 7 septembre 2003 dans l'Action
en réaction au texte de l'abbé Raymond Gravel dans La Presse du 5 août au sujet de

la position du Vatican face aux conjoints de même sexe.



Lettre personnelle de Jacques Beausoleil à Mgr Gilles Lussier
au sujet de cette lettre ouverte envoyée au Devoir


Réaction personnelle de Raymond Gravel
à cette lettre ouverte




Le titre d'ami est osé, je le sais, et malheureusement je ne pourrai utiliser le « tu » qui aurait donné un ton plus juste à cette lettre. En effet, j'ai pu vous apprécier grandement au cours de nos contacts professionnels et personnels, y incluant le fait que j'étais également un des animateurs de « ce groupe de dialogue entre personnes d'orientations sexuelles différentes » auquel vous avez participé, tel que vous le mentionnez dans le billet que vous avez fait paraître dans le journal régional de Joliette L'Action, le 7 septembre dernier. C'est à cause de ces divers contacts marqués du sceau du respect réciproque que je me permets aujourd'hui d'intervenir dans le débat auquel vous participez publiquement sur le mariage gai.

Et pourtant, je ne m'engagerai pas dans le débat lui-même qui fait rage et que tout le monde peut suivre par les médias. Presque tout a été dit. C'est l'aspect pastoral qui m'intéresse ici davantage.

L'abbé Gravel, un prêtre de votre diocèse, est intervenu publiquement et courageusement pour défendre les gais et les lesbiennes sur le ton de l'indignation que Jésus lui-même a utilisé à certains moments d'après la tradition évangélique. On ne saurait dire combien est réconfortante une telle intervention pour ces gais et lesbiennes qui cherchent encore à vivre leur vie affective et sexuelle d'une façon authentique et épanouissante tout en gardant encore comme compagnon de route ce Jésus de Nazareth que Dieu a ressuscité des morts et a fait Christ.

Et quelle attitude allait adopter son Évêque que les médias s'empresseraient de questionner ? Ferait-il comme son collègue américain qui, exactement devant la même situation, a blâmé ouvertement son pasteur, a exigé qu'il se récuse et demande pardon publiquement à sa communauté et l'a ensuite, déplacé de paroisse. Il semble que ce ne fut pas le cas puisque l'abbé Gravel est intervenu à nouveau avec un ton, il est vrai, moins authentique et moins énergique. Sachant les conséquences que ceci peut avoir si on pense aux pressions que Rome et que même les autres évêques, du moins catholiques, peuvent exercer dans les circonstances, alors, chapeau à tous deux !

La solution au problème que la prise de position publique de l'abbé Gravel pouvait vous poser comme gestionnaire ecclésial de niveau intermédiaire est venue probablement de ce billet du 7 septembre dernier où, en contrepartie, vous présentez votre position personnelle.

Votre billet m'a attristé. J'aurais tellement aimé qu'il commence par la fin. Au lieu de débuter par un exposé des enjeux que présente le débat actuel, suivi d'un long exposé de la position doctrinale de l'Église officielle, pour terminer par un paragraphe marqué au sceau de la compassion et même d'une certaine compréhension, je me serais attendu de l'inverse d'un pasteur qui a connu Vatican II.

Si Jésus a été si populaire, selon moi, c'est qu'Il a commencé d'abord par comprendre et avoir mal de la souffrance de ce peuple qu'il côtoyait - il avait l'impétuosité d'un jeune dans la trentaine - pour ensuite se laisser pénétrer du désir profond de redonner à chaque personne sa dignité comme être humain, condition fondamentale d'une vie spirituelle authentique et pour Lui, d'un véritable lien avec le Père. Je pars de l'idée que c'est cette attitude qui L'a amené à procéder à un approfondissement et à une révision critique de l'enseignement de l'Église - les Écritures - et des politiques gouvernementales de son temps, les deux d'ailleurs se supportant mutuellement, non sans risque car Il y a laissé sa vie.

J'aurais aimé dès lors voir exposer sans jugement préétabli, puisque vous le savez maintenant, ce que les gais et les lesbiennes qui gardent la foi en ce Jésus disent d'eux-mêmes, les motifs qu'ils invoquent pour vivre activement leur homosexualité, les questions qu'ils se posent et le droit qu'ils s'arrogent, après de longs et difficiles cheminements, pour vivre selon leur conscience. Je pense ici ente autres à Déborah et Judith qui ont écrit : « L'amour entre femmes dans l'Église catholique ». Mon ex-conjoint avec lequel j'ai vécu 16 ans répétait : « L'Église catholique romaine nous reconnaît le droit d'être des oiseaux mais elle ne nous reconnaît pas le droit de voler. » !

J'ai lutté avec sincérité durant dix longues années pour sauvegarder cette (fausse) famille que l'Église catholique valorise au détriment de mon authenticité et au risque d'y perdre le don précieux de ma foi. Ce furent les années les plus immorales de ma vie. Au seuil de la maladie mentale et du suicide, j'ai opté pour écouter ma conscience, comme le font nombre de prêtres qui ont une maîtresse, nombre de femmes chrétiennes qui prennent la pilule contraceptive ou qui sont des divorcées remariées. Une fois redevenu vrai avec moi-même, nous avons pu tous deux, mon ex-épouse et moi-même, reconstituer deux familles merveilleuses.

Le fait au moins de parler de ce vécu gai dès le début de votre billet aurait montré que la passion pour le bonheur humain et la difficile recherche de Dieu avaient priorité sur la doctrine qui, elle, est susceptible d'erreur comme nous avons pu le constater au cours des siècles lorsqu'il s'est agi de l'esclavage, des femmes (du travail reste à faire), de la science, de la guerre et même des droits de la personne (première apparition de Paul VI à l'ONU).

En effet, vous ne soulevez aucun doute sur cette doctrine qui n'est pourtant pas de nature dogmatique. De nombreux pasteurs et théologiens catholiques - dont, certains ont été condamnés par Rome, il est vrai - les O'Neil (l'américain), Curran, Guindon, Bergeron, Ménard, Baum, East et autres - ont remis en question cette position officielle après des études philosophiques, historiques et scripturaires fouillées. Remarquez que vous n'êtes pas le seul : aucun média ne nous a présenté la synthèse de ces recherches depuis que le débat est sur la place publique. Pour ma part, je l'aurais vu comme une question de respect pour ces gais et lesbiennes chrétiens qui sont également habités par l'Esprit de Dieu. Qu'on rappelle après cela la doctrine de l'Église m'apparaît tout-à-fait conforme à une vision démocratique des débats publics même les plus difficiles et à une pédagogie de la formation qui doit être donnée en conformité « avec la liberté des enfants de Dieu ». Et le Vatican aurait dû faire la même chose avec les politiciens catholiques : leur demander de voter selon leur conscience et non selon la sienne.

À la fin de votre billet, vous dites : « D'où l'impossibilité de juger de l'extérieur notre frère, notre sœur, car nous ne voyons pas son cœur, sa conscience intérieure. Que le Seigneur nous apprenne à aimer ! ». Nous sentons là le vrai message évangélique et c'est probablement une paraphrase de la fameuse déclaration de Jésus lui-même : « Et c'est pourquoi les prostituées vous précéderont au Royaume de mon Père ». Malheureusement, assommés par un long réquisitoire doctrinal qui condamne le meilleur de nous-mêmes, il nous est difficile d'être réceptifs. La compassion n'est pas l'amour.

Je souhaite ce jour où vos collègues évêques feront comme vous et qu'en toute humilité, ils viendront s'asseoir, même discrètement et si c'est nécessaire, de nuit, comme le fit Nicodème avec Jésus - pour écouter vraiment ce que tous ces lesbiennes ou gais chrétiens - ouverts ou clandestins, prêtres ou laïcs - ont à dire, à engager avec eux un véritable dialogue et à inviter les communautés chrétiennes à faire de même avec les risques qu'une telle attitude comporte. Des communautés protestantes l'ont fait avec succès aux États-Unis et nous connaissons leur méthodologie de travail. Les quelques évêques qui oseront seront peut-être en difficulté avec Rome mais ils seront perçus comme de véritables pasteurs, du moins par nous.




Pour bien comprendre cette lettre ouverte envoyée au Devoir, il faut d'abord lire le texte de l'abbé Raymond Gravel envoyé à La Presse, en août 2003, suivi de la prise de position de son Évêque, Gilles Lussier, dans le journal régional L'Action, quelques semaines plus tard. Cette lettre ouverte au Devoir est ma réaction au texte publié par Mgr Gilles Lussier (avec copie à l'abbé Gravel). Est venue ensuite la réponse de l'abbé Gravel. Le tout se termine par un téléphone de Mgr Lussier lui-même pour me remercier de mes commentaires, acceptés comme une « correction fraternelle » au sens évangélique du terme.

Le début de la lettre fait allusion au fait que Mgr Lussier a été vicaire auxiliaire au diocèse de St-Jérôme avant d'être nommé évêque du diocèse de Joliette. Durant cette période, j'ai été consultant auprès de l'Évêque de St-Jérôme qui a créé un comité de support à la démarche entreprise sur la réorganisation structurelle du siège diocésain. Ce comité était présidé par Gilles Lussier. J'ai donc étroitement travaillé avec lui durant plus d'une année et c'est là que j'ai pu apprécier sa vigueur intellectuelle, la profondeur de sa foi et la qualité de ses rapports humains.






Note : Contacts professionnels

Mgr Gilles Lussier a été vicaire auxiliaire au diocèse de St-Jérôme avant d'être nommé évêque du diocèse de Joliette. Durant cette période, j'ai été consultant auprès de l'Évêque de St-Jérôme qui a créé un comité de support à la démarche entreprise sur la réorganisation structurelle du siège diocésain. Ce comité était présidé par Gilles Lussier. J'ai donc étroitement travaillé avec lui durant plus d'une année et c'est là que j'ai pu apprécier sa vigueur intellectuelle, la profondeur de sa foi et la qualité de ses rapports humains.   RETOUR





Lettre personnelle envoyée le 8 octobre 2003 par Jacques Beausoleil à Mgr Gilles Lussier
afin de lui présenter la lettre ouverte qu'il venait de faire parvenir au Devoir

Avec copie à l'abbé Raymond Gravel

Bonjour, cher Gilles,

Je te fais parvenir un texte que j'essaie de faire publier dans les journaux à Montréal. Je ne crois pas que l'Action de Joliette le recevrait.

J'ai pensé que le moment était venu pour moi d'agir. Depuis un peu plus de vingt ans maintenant je poursuis deux objectifs : travailler à la qualité de vie des minorités sexuelles (gais, lesbiennes, transexuels, bisexuels, transgenres, pédophiles et pédérastes) et concilier ma foi avec ma vie affective et sexuelle gaie.

Pour le premier, je me suis impliqué et je continue à le faire dans divers groupes d'aide, de service, de défense des droits et de changement des mentalités. Le débat sur le mariage gai n'est que la pointe de l'iceberg. Le débat est beaucoup plus institutionnel que personnel. Les attentes et les besoins des personnes elles-mêmes sont beaucoup plus profonds et plus universels. Le fait de devoir quitter les institutions chrétiennes est presque moins pire que la perte des repères spirituels chez une quantité croissante des personnes appartenant à ces minorités sexuelles. C'est ce qui fait que la lutte pour concilier ma foi et ma vie affective et sexuelle s'est installée au coeur de ma vie. Il faut avouer que c'est nettement plus difficile et angoissant. Mes expériences intérieures m'ont convaincu que les églises chrétiennes se trompent et qu'il faudra y mettre encore plusieurs années avant qu'on n'y voit clair. Mais comme je dépasse maintenant les 70 ans, je crois que l'important est de créer des outils de dialogue et d'échange vigoureux.

Jusqu'ici, en évitant la place publique, j'avais l'impression de pouvoir aider un tant soit peu à des changements face à cette question dans l'Église du Québec. Aujourd'hui, je crois que c'est une illusion. Je prends donc la voie publique. J'essaie de montrer dans mon texte que ton attitude est en avance au Québec sur les intervenants religieux actuels mais le chemin à mon avis n'est pas le bon.

Il y aurait tant à dire à ce sujet ! J'ajoute ici [boite] un paragraphe que j'ai retiré de la fin de mon texte [envoyé au Devoir] qui ne sera peut-être pas retenu par les médias. J'envoie une copie du texte à l'Abbé Gravel puisqu'il est directement concerné.

Amitié et à la prochaine.

En terminant, j'aimerais revenir sur un aspect qu'a soulevé l'abbé Gravel (et déjà mis de l'avant par Jean-Guy Leblanc dans son livre La différence des différences) mais dont personne ne veut parler tant il fait peur. Je ne voudrais pas que ceci soit perçu comme du chantage mais comme un appel urgent à une prise de conscience. Si demain matin, par un geste d'impatience et de colère, les gais et les lesbiennes dénonçaient publiquement les religieux-ses et les prêtres qui partagent leur lit - et je pourrais en fournir une liste - ce serait un scandale énorme. Alors, cher ami, invitez vos collègues évêques à se questionner sérieusement et à se montrer plus humbles face à la réalité. Au lieu d'utiliser la langue de bois exigé par le Vatican, peut-être feraient-ils mieux, alors qu'il en est encore temps, de s'asseoir avec toutes ces personnes concernées et à entreprendre un véritable dialogue direct et en profondeur sur la question.






Réaction personnelle de Raymond Gravel à Jacques Beausoleil
au sujet de sa lettre ouverte au Devoir


M. Beausoleil,

J'aime beaucoup votre lettre et votre témoignage de vie. Je sais que ce n'est pas facile de concilier sa foi et son ouverture à l'homosexualité dans l'Église catholique. Par les temps qui courent, l'Église est beaucoup plus légaliste et pharisienne que chrétienne et évangélique. Il ne faut pas désespérer, car ce sont des gens comme vous et moi qui pourront faire avancer le débat et permettre à ceux et celles qui vivent cette orientation, d'espérer qu'un jour, l'Église les accueillera sans faire aucune discrimination à leur endroit. Comme vous, je suis convaincu que s'il y a une institution qui devrait être sensible aux gais et lesbiennes, c'est bien l'Église catholique, où la majorité de ses prêtres possèdent cette orientation sexuelle. Actuellement, le Magistère de l'Église se met la tête dans le sable et fait semblant de ne rien voir. Ensemble, travaillons pour que ça change...Merci de votre appui et de votre témoignage...

Raymond Gravel prêtre-curé




LE VATICAN ERRE
L'Église catholique n'a aucune crédibilité dans le débat actuel sur la redéfinition du mariage.


Par l'abbé Raymond Gravel,
Curé de la paroisse St-Joachim-de-la-Plaine et aumônier de la Fraternité des policiers de Laval.

La Presse, le 5 août 2003


Le document concernant le mariage gai qui émane de la Congrégation de la doctrine de la foi du Vatican est discriminatoire, blessant et offensant, non seulement pour les homosexuel(le)s, mais pour toutes les personnes qui travaillent à la promotion de la personne humaine et qui veulent rétablir la justice et l'égalité pour tous. Comme prêtre catholique, je me dissocie de cette condamnation sans appel d'une partie de la population à qui l'on refuse catégoriquement le droit d'exister parce qu'elle est différente dans son orientation sexuelle.

Réaffirmer aujourd'hui que l'homosexualité est une dépravation grave, une anomalie et un comportement déviant, c'est méconnaître complètement la nature humaine et c'est bafouer tout autant les études scientifiques sur le sujet. Il faut quand même faire la différence entre l'homosexualité, la bestialité, l'inceste et la pédophilie. C'est que semblent ignorer certains organismes religieux qui affirmaient cette semaine à la Presse Canadienne, par son porte-parole Timothy Dooling, que le projet de loi du gouvernement fédéral sur le mariage gai nous conduira nécessairement au mariage entre un homme et son chien, entre une grand-mère et son petit-fils ou encore entre un frère et une sœur. Avec une définition et une conception aussi erronée de l'homosexualité, comment peut-on parler maintenant de mariage homosexuel ?

Dans la Bible, fait remarquer le document romain, les relations homosexuelles sont condamnées comme des dépravations graves. Ce que l'Église omet de dire, par ailleurs, c'est que la Bible est aussi culturelle et une lecture littérale et fondamentaliste ne peut être appliquée aux réalités contemporaines sans tenir compte de l'histoire et de l'évolution des mentalités; sinon, il nous faudrait détruire les images et les représentations de la divinité qu'on possède dans nos murs, refuser toutes les transfusions sanguines et condamner le prêt à intérêts dans nos institutions bancaires, lesquels intérêts permettent à l'Église de subsister. Si la parole de Dieu est vivante, c''est une parole neuve qui doit s'exprimer par une interprétation et une actualisation des textes bibliques qui tiennent compte de la réalité des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Dans le cas contraire, on refuse à Dieu le droit de parler.

Un magistère dépassé

C'est pourquoi, l'Église catholique n'a malheureusement aucune crédibilité quand un débat actuel sur une redéfinition du mariage pour le rendre accessible aux personnes de même sexe, puisque le mariage légitimerait, selon elle, des déviations dangereuses qui porteraient atteinte à la famille cellule primordiale de la société. Et pourtant, tout le monde sait que les déviations sexuelles n'appartiennent pas exclusivement aux gais, mais à tous ceux et celles qui doivent vivre leur sexualité dans la clandestinité. À ce chapitre, le clergé est passé maître, car de nombreux prêtres fréquentent les parcs, les saunas et les toilettes publiques pour se défouler. En refusant aux homosexuels la reconnaissance qu'ils revendiquent, l'Église les contraint à demeurer dans la clandestinité au lieu de les aider à vivre dans la normalité.

Encore une fois, fidèle à lui-même, le magistère de l'Église est complètement dépassé, dépourvu de sens évangélique et dangereusement malade, dans un monde en recherche qui aurait besoin beaucoup plus d'une parole d'espérance que d'un verdict de condamnation. C'est ce même magistère romain qui condamnait les femmes violées de Bosnie qui se faisaient avorter, qui excommunie toutes les personnes qui envisagent ou encouragent un avortement, qui refuse aux femmes l'ordination presbytérale, qui empêche les divorcés-remaniés de communier et qui refuse aux prêtres le droit de se marier, malgré les nombreux scandales occasionnés par le célibat forcé de certains de ses membres.

Comment cette Église peut-elle encore parler au nom de Dieu ? De quel droit un évêque canadien peut-il envoyer le Premier ministre Jean Chrétien en enfer s'il permet une nouvelle législation sur le mariage ? Lorsque le document romain fait allusion au respect des homosexuels, de quel respect s'agit-il ? Le mariage est la reconnaissance officielle de l'union de deux personnes qui s'aiment vraiment et qui veulent partager un projet d'amour dans la fidélité, ouvert sur la fécondité. Pour la foi chrétienne, ce projet devient sacrement, puisqu'il signifie l'Amour de dieu pour l'humanité, l'Amour du Christ pour son Église. Selon cette définition, deux personnes homosexuelles peuvent aussi vivre ce projet amoureux dans la fidélité, ouvert à la fécondité ; un couple fécond n'est pas d'abord un couple qui procrée pour assurer l'espèce, mais un couple qui donne le goût aux autres d'aimer. Dans ce cas, le mariage gai peut devenir sacrement, c'est-à-dire un signe de l'Amour divin et l'adage biblique s'applique assurément : « Ce que Dieu a uni, que l'Église ne le sépare pas. »



 



Le Billet de Mgr Lussier
Le débat sur le mariage gai : position de l'évêque de Joliette

Par Mgr Gilles Luissier, Évêque du diocèse de Joliette

L'Action, le 7 septembre 2003


La rentrée est marquée cette année par un important débat qui occupe l'actualité depuis quelques semaines. Le Gouvernement canadien a déposé un avant-projet de loi visant à modifier la définition du mariage pour y inclure les unions de partenaires de même sexe. Entre-temps, le Préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi a rendu public un document destiné aux Évêques pour les aider dans leurs interventions « selon les situations particulières dans les différentes régions du monde ». Les points de vue les plus divers n'ont pas tardé à se faire entendre. La conférence des Évêques Catholiques du Canada devrait publier prochainement un message pastoral. À moins que le Gouvernement ne retire son projet de loi avant que la Cour suprême se soit prononcée sur trois problématiques particulières, nous en aurons pour plusieurs mois de discussions sur le sujet.

Une redéfinition du mariage pour y inclure les partenaires de même sexe met en cause plusieurs réalités importantes et fort complexes qui s'entrecroisent mais qu'il ne faut pas confondre. J'en énumère quelques-unes : l'institution du mariage comme telle, le fait de l'homosexualité, la charte des droits et des libertés, la responsabilité de l'État, le pouvoir des hommes et des femmes politiques. Je voudrais simplement partager très brièvement quelques réflexions sur l'ou ou l'autre de ces points. Est-il légitime de faire de l'homosexualité un modèle d'union à parité avec l'hétérosexualité ? Telle est la question posée. Et pour y répondre, il faut prendre en compte les dynamismes mêmes de la sexualité humaine. Il y a des millénaires que la réalité du couple homme-femme a reçu sa consécration. Le mariage bisexuel auquel se rattache la famille s'est naturellement imposé comme norme universelle et fondement unique et irremplaçable de la société. Les États et les religions n'ont fait que soutenir et protéger ce modèle. Et cela même s'il y a eu et qu'il existe encore d'autres formes d'unions ou de partenariats entre homme et femme. C'est à ce modèle exclusif que se réfère Jésus dans sa controverse avec les Pharisiens au sujet d'une dérogation à l'engagement conjugal décrété jadis par Moïse. Jésus répond : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle et qu'il a dit : c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ! » (Mt 19, 4-6) Aujourd'hui encore, l'Église qui apparaît souvent comme une vieille barque rafistolée de partout pour colmater les avaries du temps et les fausses manœuvres de ses membres reste fidèle à sa mission d'annoncer la Parole à temps à contretemps (2 Tm 4,2)

Par ailleurs, le présent débat nous amène aussi à considérer sérieusement le fait homosexuel qui n'est pas nouveau dans l'histoire. Le grand défi est de réfléchir sur la tendance homosexuelle pour en examiner les enjeux et les limites, tout en respectant les personnes et sans être apeuré ou insécurisé par l'homosexualité. Contrairement à ce que le pouvoir des médias peut laisser croire, le phénomène demeure très partiel dans l'ensemble de la population. Mais comme dans tout ce qui est minoritaire, il faut à la fois combattre l'exclusion et saisir la juste mesure des revendications. Pour le psychanalyste et spécialiste en Psychiatrie Sociale, le Père Tony Antrella, le fait homosexuel « est relativement inhérent à la psychologie humaine et fait partie des interrogations psychiques dans le développement de l'individu qui se trouve confronté à l'élaboration de son choix d'objet sexuel encore indéterminé à la naissance. L'homosexualité est aussi un questionnement sur la masculinité et sur la féminité et comment devenir un homme ou une femme. Le problème qui nous occupe actuellement est de vouloir le considérer comme un modèle social que la loi devrait conforter… Or, une chose est d'accepter et de respecter des personnes qui se vivent à travers l'homosexualité et une autre est de la revendiquer, de lui donner un statut social et vouloir l'inscrire de façon directe ou indirecte dans la loi ».

Au terme d'une analyse scientifique très serrée, l'auteur en arrive à affirmer, entre autres choses, que « l'homosexualité ne peut pas être un modèle social, un modèle d'identification, une référence à partir de laquelle la société pourrait se construire… La reconnaissance sociale et légale du « couple homosexuel » (pour autant que ce soit un couple), ou du « mariage homosexuel » ne peut être revendiquée au nom de la justice et de l'égalité des droits dans la mesure où cette association qui n'a aucune dimension conjugale ne peut pas être mise à parité avec la relation homme-femme. Nous sommes dans deux univers aussi étrangers l'un à l'autre et qui ne sont pas comparables. L'homosexualité n'a rien à avoir avec l'expression sexuelle de l'amour conjugal. L'un n'étant en aucun point l'alternative de l'autre, il serait injuste en conséquence de contracter le même type d'alliance et d'attribuer les mêmes droits sociaux à une association homosexuelle car l'homosexualité ne peut pas être au fondement du droit…

L'impossibilité de faire de l'homosexualité un modèle social, concédant les mêmes droits que ceux du mariage et de l'adoption d'enfants, indique une limite et un interdit social structurants plus qu'un rejet de ces personnes. Car ce qui est fondateur pour le lien social, pour le sens de l'altérité, pour le sens de l'universel, pour le sens de l'histoire et de l'avenir et pour le sens de la fonction reproduction sociale à tous les points de vue est la relation homme-femme. Il n'y a pas de parité possible avec d'autres formes de relations et qui, si elles existent de fait, ne peuvent pas voir un caractère instituant. Dans les raisonnements actuels, les diverses interrogations sont confondues et toutes les tendances seraient légalement valides à partir du seul dénominateur commun de la non exclusion. Cette attitude d'esprit empêche l'intelligibilité des enjeux. Néanmoins la question reste ouverte au sujet du lien homosexuel quand il s'agit d'évoquer des situations singulières et comment il peut être vécu.
»

L'auteur termine son article par quelques considérations que je partage entièrement. Combien je souhaite qu'elles soient traduites effectivement non seulement dans les discours mais aussi dans les attitudes ! « La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée indépendamment d'une orientation sexuelle. L'Église accueille chacun tel qu'il est et l'aide à vivre son existence et foi dans la fidélité à la Parole de Dieu et au sens de l'amour révélé par l'Évangile, porté et interprété par la Tradition ecclésiale. Chacun a sa place dans l'Église. Elle invite aussi les familles à ne pas rejeter leur fils ou leur fille qui révèle leur tendance homosexuelle même si cette relation familiale n'implique pas la reconnaissance de l'homosexualité comme modèle social. Chacun doit pouvoir réaliser sa vie. Mais l'amour n'est jamais dissocié du sens de la vérité et de la justice ».

Je suis bien conscient des limites de ma présentation. Je voudrais néanmoins souligner que l'exercice du ministère pastoral, et spécialement depuis que je suis évêque, m'a amené à rencontrer des personnes homosexuelles. J'ai même été invité à participer, à quelques reprises, à un groupe de dialogue entre personnes d'orientation sexuelle différente. J'ai souvent été bouleversé par le drame intérieur vécu par les personnes homosexuelles, leur recherche sincère de la vérité et leur profond cheminement spirituel. Au cours des dernières semaines, des personnes m'ont écrit pour témoigner de leur quête profonde et libératrice. Tous et toutes, quelle que soit notre orientation sexuelle, nous sommes appelés à mener le bon combat et à vivre dans la lumière. L'évangile du dimanche dernier nous présentait la réplique adressée par Jésus aux Pharisiens dans la controverse sur le pur et l'impur. (Mc 7, 14 ss). Pour le Maître, le véritable culte surgit du plus profond de l'homme…car notre cœur est comme une source d'où coulent l'eau polluée de notre égoïsme et l'eau pure de notre amour. D'où l'impossibilité de juger de l'extérieur notre frère, notre sœur, car nous ne voyons pas son cœur, sa conscience intérieure. Que le Seigneur nous apprenne à Aimer !


 



Pages animées par Jacques Beausoleil, psychologue, et André Faivre, andragogue
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