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Chroniques, chantiers et pistes de pionniers.

Mis en ligne : 21/02/2009
Mis à jour : 25/02/2009


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De jeunes mères face à l'homosexualité éventuelle de leurs enfants
Jacques Beausoleil et Paulette Podtetenev, M.A. Service social   |   Été 2002   |   ACSM
Famille / Couple
Éducation / Enfance

TEXTE INÉDIT

De jeunes mères se questionnent sur
l'homosexualité [éventuelle de leurs enfants] :
un long chemin pour se rendre jusqu'à elles.



La réflexion qui suit se situe au cœur même de la prévention en santé mentale. Qui dit prévenir, dit travailler à intensifier la qualité de vie des individus et l'harmonie des groupes sociaux pour éviter que les problèmes ne se présentent.

Nous avons eu récemment à répondre à la demande d'un groupe de mères de jeunes enfants de la Rive Sud qui désiraient réfléchir sur l'homosexualité dans une perspective éducative. En retraçant le cheminement qui nous avait conduit à cette expérience nouvelle pour nous, nous avons constaté que la route n'était pas droite mais faite de courbes, de traverses et même de culs de sac. De plus, elle nous a fait réfléchir sur le changement social face à une réalité taboue et marginalisée. Rompant avec la tradition des articles savants, nous voulons tout simplement vous décrire une démarche que l'on trouve rarement dans la littérature en santé mentale, ce qui explique peut être en partie que la prévention reste l'enfant pauvre de ce secteur de la santé.

L'ACSM-FM, comme point d'ancrage

Notre démarche prend sa source au sein du comité Famille et qualité de vie des gais et des lesbiennes de l'ACSM-Montréal en 1996. Ce dernier avait fait consensus autour de la conclusion suivante : dans une perspective long terme, les changements sociaux les plus profonds passent par l'éducation reçue dans la tendre enfance et donc, par la famille. Il faut en venir à influencer le modèle éducatif québécois pour que la famille crée, dès son départ, un climat favorable à la qualité de vie des enfants qui pourraient se révéler par la suite gais ou lesbiennes. Pour Jacques Beausoleil, coordonnateur de ce comité, il y avait là l'amorce possible de la réalisation d'un rêve né cinq ans auparavant à la suite d'une telle demande qui lui avait été adressée par un couple hétérosexuel de ses amis

Certes, il existait déjà au Québec une activité semblable dans le cadre du Projet 10. Mais elle s'adressait à des parents qui avaient déjà reçu, comme un choc, la révélation de l'homosexualité d'un de leurs enfants. Cette révélation était survenue la plupart du temps au moins à partir de l'âge de 13 ou 14 ans. Sans minimiser la portée fort créatrice et avant-gardiste de ce projet, la question demeurait quand même : comment amener de jeunes parents à éviter dans la mesure du possible que l'enfant gai ou lesbienne intériorise ou encrypte dans ses émotions et son cerveau la vision hétérosexiste de la société dans laquelle nécessairement il naît ? L'objectif demeurait donc d'entrer en contact avec de jeunes familles prêtes à réfléchir à cette question afin que la révélation de l'homosexualité cesse d'être un choc.

Des tentatives qui avortent

Diverses voies sont explorées. La première flirte avec l'idée d'organiser des rencontres de sensibilisation avec les membres du Conseil d'administration et des comités de l'Association en les considérant comme des parents et non comme des gestionnaires ou des intervenants. Cette intervention doit permettre de mieux approfondir cette réalité et de préciser la pédagogie pour entrer en contact avec d'autres familles. Soit qu'à cette époque cette idée n'est pas formulée assez clairement, soit que les personnes ne sont pas prêtes, le projet demeure sans issue. Cependant, la direction et le C.A. continue de donner un appui vigoureux aux activités du comité Famille et qualité de vie des gais et des lesbiennes.

En parallèle, des contacts sont établis avec le Service d'éducation des adultes de la CECM où des parents s'inscrivent à des sessions de formation. Là encore, il n'y a pas de suite immédiate car l'équipe PALLASCIO est encore au pouvoir. Cinq ans plus tard, l'équipe MÉMO étant arrivé au pouvoir, la porte s'ouvre à un autre militant gai.

Surgit alors l'idée d'influencer le modèle éducatif québécois en sensibilisant les organismes sociaux qui s'intéressent ou se consacrent à la famille, donc par un chemin indirect. Ces organismes devenaient alors des multiplicateurs d'influence. Le Comité se retourne vers l'organisation d'un colloque, un mode d'intervention pour lequel l'Association a développé une compétence certaine. En guise de préparation, le comité décide d'organiser d'abord un séminaire destiné surtout aux professionnels des organismes sociaux, mais sur invitation. Le Centre hospitalier Charles Lemoyne est sur la liste de ces invités.

D'un séminaire à la mobilisation professionnelle

Paulette Podtetenev qui est travailleuse sociale à la Clinique externe de psychiatrie pour enfants et adolescents rattachée à ce Centre hospitalier sera choisie par sa supérieure pour assister à ce séminaire. Elle se questionne d'abord sur les connaissances qu'elle possède à ce sujet et sa façon d'aborder cette question dans sa longue expérience professionnelle.

Le séminaire sera pour elle révélateur. Il la lancera dans une double trajectoire : personnelle et professionnel. Au plan personnel, elle entre en contact au cours du dîner avec Jacques Beausoleil, cofondateur du Réseau gai d'action, d'influence et d'éducation du Québec. Invitée à participer aux rencontres régulières de ce groupe, elle y retrouve d'autres leaders sociaux qui se réunissent pour mieux comprendre cette réalité que constitue l'homosexualité. Elle pourra ainsi clarifier ses propres attitudes.

Au plan professionnel, elle fait d'abord rapport à l'équipe du Service social hospitalier, puis à l'ensemble des professionnels de la Clinique des conclusions qu'elle a tirées de ce séminaire. Des sourires interrogateurs rappellent qu'on est dans un univers tabou. Suivent une série de contacts et d'échanges informels avec ses collègues (cuisine, corridors et bureaux). Au cours de ces échanges, l'information circule et une sorte d'apprivoisement émotif se fait. Le questionnement s'installe chez ses collègues. On se dit que l'homosexualité doit bien y être présente avec ses séquelles sur la santé mentale des familles qu'on traite. Qu'en est-il entre autres des psychothérapies auprès des jeunes enfants, là où se dessine déjà cette différence ? Et pourtant jusque là, j amais cette question n'avait été abordée.

Paulette propose et obtient qu'une des rencontres régulières de perfectionnement professionnel traite de la question de l'homosexualité. À cette occasion, elle présente un texte de réflexion et invite Jacques pour qu'il vienne parler de son cheminement comme gai et de son engagement social et professionnel concernant la défense des droits et la qualité de vie des gais et des lesbiennes.

Du travail professionnel à sa famille

Mère de trois adultes, eux-mêmes mariés, c'est ainsi que Paulette a été amenée, aux cours des rencontres familiales avec ses enfants et ses petits-enfants, à parler de ses préoccupations professionnelles et personnelles face à l'homosexualité. De cette mère et grand-mère, depuis longtemps reconnue comme un peu farfelue, il n'y avait là pas tant de surprise à avoir. La surprise est venue des sourires dans le visage de ses petits-enfants, déjà au secondaire, qui lui font dire quelle parle d'un sujet entouré d'ombres dans sa propre famille. Elle entreprend une campagne d'information et de dialogue avec sa famille.

C'est par ce long détour que sa fille Nadia, quelques années plus tard, met sur la table une invitation. Nadia fait partie du Comité d'Animation mère-enfant (CAME) à St-Bruno de Montarville. Des jeunes mères se réunissent une fois par semaine pour parler et débattre d'éducation. Sa fille propose à ce Comité qu'on y aborde la question de l'homosexualité dans la perspective de préparer leurs enfants à être heureux si jamais l'un d'eux se révélait homosexuel. C'est ainsi qu'à nouveau Jacques est invité. Il y décrit son expérience pour ensuite répondre aux questions et engager le dialogue. Ces mères ont aimé cette rencontre car « il ne s'agissait pas d'une conférence mais d'une expérience de vie, marquée du sceau de l'authenticité et gage d'espoir pour leurs enfants puisqu'il semble bien qu'on puisse vivre pleinement son orientation gaie et être heureux dans la vie ».

Conclusion

Par cette façon un peu inhabituelle de parler de l'intervention en santé mentale, la méthode des cas ou des récits de vie, nous avons voulu tout simplement montrer que, au cœur même des organismes ou des institutions où siègent les professionnels de l'aide aux personnes, le chemin pour se rendre à cet objectif précis de se retrouver en contact direct avec de jeunes parents a été long et tortueux. Si les organismes institutionnels ou communautaires ont joué un rôle important dans cette démarche, la constitution d'un réseau informel basé sur des liens continus d'amitié, sur un engagement social désireux d'éliminer les préjugés, sur l'ouverture à des idées et à des expériences nouvelles ont été le facteur déterminant dans l'atteinte de cet objectif. Nous redisons que la prévention en santé mentale passe par ce chemin malheureusement si rarement décrit dans les revues professionnelles.





Pages animées par Jacques Beausoleil, psychologue, et André Faivre, andragogue
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