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Chroniques, chantiers et pistes de pionniers.

Mis en ligne : 18/05/2009
Mis à jour : 22/05/2009


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Réaction à un reportage au sujet de Divers-Cité 1993
André Faivre   |   2 août 1993   |
Média
Le Village

Réactions au reportage de Marie-France Léger
« Les gais fêtent dans la joie leur droit à la différence »

Publié dans La Presse, à la page A-3, le 2 août 1993, suite au défilé de la Fierté gaie de Divers-Cité, à Montréal

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LA BOITE AUX LETTRES, LA PRESSE, 2 AOÛT 1993


Je n'écris habituellement pas mes réactions aux articles des média au sujet des communautés et des personnes gaies ou des événements qui nous concernent. Et ce n'est pas faute de réaction ! À chaque fois, je me dis que je le ferai... mais aujourd'hui, lendemain du 1er août, jour de la Fierté gaie à Montréal, il me semble que c'est la bonne occasion d'une première fois et je réagirai à partir de l'article de Mme Marie-France Léger intitulé « Les gais fêtent dans la joie leur droit à la différence ».

D'abord, bravo pour le titre : fête, joie, droit et différences. Tout y est. Un titre qui fait durer la fierté des femmes et des hommes qui ont fêté. L'article est bon. Il y a 4 ou 7 ans, les textes des journaux à notre sujet me faisaient bondir de rage tellement ils charriaient de faussetés et de préjugés. Maintenant, depuis ces quelques dernières années, ça s'est beaucoup amélioré... reflet des temps.

De bons articles, favorables, politically correct. Le reportage de Mme Marie-France Léger est bon, favorable... mais agaçant. Des faussetés ou des préjugés ? Non. Mais la persistante et collante litanie des clichés. A quoi sert de faire disparaître l'intolérance si c'est pour la remplacer par l'ignorance. La véritable tolérance et l'acceptation vraie reposent sur la connaissance. L'homosexualité, les personnes et les communautés gaies sont une réalité incarnée, complexe, riche et profondément humaine, non un inévitable épiphénomène social ou folklorique avec lequel il faut bien s'habituer à vivre.

D'abord, la photo. On l'aurait parié ! C'était ou les gars de cuir ou les travestis. Les média ont beaucoup de difficulté, quand ils couvrent un événement gai, à montrer autre chose. Vieux clichés, littéralement. 3000 personnes, monsieur et madame tout le monde gai, qui fêtent, qui dansent, qui jouent... ça ne fait pas une bonne photo de reportage. Ça ne parait même pas qu'ils le sont [gais] !

Non, les gai-es ne « font pas ça pour se faire accepter parce que c'est sûr qu'il y a une majorité de gens qui ne sont pas pour eux. » Les gai-es qui font ça le font parce qu'ils sont heureux de se sentir bien dans leur peau, à Montréal et au Québec. Ils font ça pour fêter. Et ils savent très bien que ce n'est pas une parade qui va changer le cœur des gens. Au contraire, c'est parce que le cœur des gens a changé qu'ils font des parades.

Je n'aime pas qu'on parle de ces gens comme ça, en disant qu'ils ne « sont pas pour eux ». Ces gens du quartier Centre-Sud, du cœur de Montréal, du Québec, les québécois, sont des gens de cœur. Il suffisait et il suffit de leur donner le temps de découvrir, de connaître et de comprendre les différences. C'est la même chose que le mythe de la xénophobie des québécois. Les québécois sont un peuple de cœur, d'une grande capacité (trop ?) de tolérance et d'ouverture aux autres. C'est souvent une question de rythme. Apprivoiser prend du temps.

Et puis, on n'a jamais demandé aux gens d'être pour ! L'homosexualité n'est pas une idéologie ni une religion ni une cause à défendre. C'est un fait et un état : c'est une orientation affective et sexuelle, une manière d'aimer. Ce qui est visible n'est souvent que superficiel et ce n'est pas parce que des gens n'acceptent pas certaines manifestations extérieures de l'homosexualité qu'ils sont contre les gai-es ou homophobes.

C'est pourquoi l'intention favorable des reportages ne suffit plus ; la qualité des textes, aussi, est indispensable. Ou bien ils font évoluer la compréhension générale de ce qu'ils décrivent ou bien ils perpétuent la perception superficielle en continuant à utiliser, même inconsciemment, les habituels clichés, stéréotypes et idées toutes faites. Premier exemple : un défilé gai ne peut pas être sportif... c'est sûrement une erreur due au nombre de gens en short ! Le cliché de l'homosexuel efféminé, plus porté sur le tricot que sur la boxe. En vérité, dans la parade, il y avait des motocyclistes (et ce n'était pas des petites 250 cc roses), des adeptes du ballon volant, des gars qui jouent au hockey 2-3 soirs par semaine l'hiver, des culturistes, des plongeurs, des nageurs, des cyclistes, etc. Les athlètes gais sont suffisamment nombreux pour qu'à chaque année s'organisent des olympiades internationales. Et Montréal et le Québec ont leurs champions.

Second exemple : il y avait plein de gai-es de tout âge, de toute race, certains-es avec leurs enfants, du vrai monde quoi ! Mais ce qui a été remarqué c'est « entre autres un évêque en jarretelles et un marié coiffé d'un long voile de tulle […] les accoutrements les plus osés […] cuir, des strings, des lanières cloutées et des jambières […] les seins nus ». C'est ce genre de film (succession de clichés) qui imprime dans la tête des gens que c'est ça notre différence, que c'est ça être gai ou lesbienne. Alors il ne faut pas se surprendre si un jeune sur trois qui se suicide (statistiques américaines) le fait parce qu'il est incapable d'accepter la différence de son orientation sexuelle. Quel adolescent peut envisager facilement toute une vie enfermé dans ce genre de clichés répétitifs ?

Troisième exemple : le mot « tapette ». Le message de la personne citée était sans doute bien intentionné et positif mais il n'y a aucune fierté à se désigner ou à se laisser désigner par un mot qui a toujours servi d'insulte dès que les enfants commencent à jouer dehors. Quatrième exemple : les policiers se félicitent du succès de l'événement. Comme si ça pouvait (aurait dû) être autrement ! Depuis 1986, au moins, toutes les fêtes gaies qui ont eu lieu sur la place publique se sont déroulées sans accroc significatif. Nous avons toujours eu de bons services d'ordre bénévoles et les policiers font bien leur travail. Mais à chaque année, des oiseaux de malheurs, perdus dans leurs nuages, prédisent des débordements ou des agressions homophobes.

Dernier exemple : les « skinheads tant redoutés ». Redoutés par qui ? La seule peur authentique est celle des gais qui ont déjà été agressés par des criminels homophobes, skinheads ou autres, et qui ont la chance d'être encore en vie. Ou celle des gais qui craignent vraiment que ça leur arrive. Mais de là à laisser entendre que les communautés gaies ou les 3000 ou 4000 personnes homosexuelles qui s'étaient rassemblées au parc Lafontaine avaient peur et que les skinheads étaient officiellement « redoutés » : grossière exagération ! Encore une généralisation et le cliché du gai victime, incapable de se défendre, peureux, faible, moumoune. Les violents ne sont pas tous hétérosexuels et il y avait dimanche après-midi des gars qui s'étaient bien équipés et qui étaient presque déçus de ne pas avoir eu l'occasion de se défouler sur quelques skinheads. Vous ne les avez pas vus ?

Cette dernière phrase ne propose pas la violence et ne cherche pas à la provoquer mais elle démontre le gouffre qui sépare le cliché de la réalité. La seule différence fondamentale entre une personne gaie et celle qui ne l'est pas est la différence de son orientation affective et sexuelle. Toutes autres caractéristiques attribuées aux personnes gaies sont des stéréotypes, des clichés et des préjugés alimentés par l'ignorance, la méconnaissance ou l'incompréhension.

Certaines attitudes et certains comportements, observés chez une fraction de l'ensemble de la population gaie, alimentent les généralisations. Mais ces attitudes et ces comportements ne sont pas des caractéristiques essentielles de l'orientation homosexuelle. Ce sont plutôt des attitudes et des comportements individuels qui témoignent de la diversité des personnalités (comme dans la population en général) et des multiples influences de l'éducation, des valeurs, des expériences et des styles de vie, du milieu social, ou bien d'une certaine forme de ghettoïsation. Ils sont aussi le résultat des efforts d'adaptation de personnes qui se sentent différentes, de la recherche, pas toujours facile, de leur identité propre, de l'acceptation de soi, d'un groupe d'appartenance, de leur intégration et de leur équilibre intérieur.

Les modèles gais positifs sont encore peu nombreux dans les média audio-visuels et sur la scène publique. Les programmes d'éducation à la sexualité de nos écoles sont encore très timides au sujet des différentes orientations sexuelles de l'être humain. Même si la personne gaie d'aujourd'hui a plus de chance de s'épanouir socialement, il n'en demeure pas moins que le grand défi d'une femme ou d'un homme gai, depuis sa naissance, c'est sa recherche du bonheur, dans sa famille, à l'école, au travail et dans sa ville.

Ce qui pourra sûrement l'aider, c'est de pouvoir lire et voir son vrai visage dans nos média. Les clichés et les stéréotypes font mal et dans un texte publié ou radiodiffusé, dans une image télévisuelle ce sont des erreurs ou des faiblesses professionnelles de moins en moins justifiables.




Pages animées par Jacques Beausoleil, psychologue, et André Faivre, andragogue
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