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Mis en ligne : 21/03/2009 Mis à jour : 28/03/2009 Texte : précédent | Texte suivant |
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L'expérience d'une policière gaie à la Police de Montréal André Faivre | Octobre 1996 | Homo Sapiens |
Sécurité publique / Police Travail |
L'expérience d'une policière gaie
au Service de Police de Montréal - 1996 -
Sonia Hamer est une jeune femme de 30 ans: elle vit en amour et en couple avec Isabelle depuis 2½ ans. Sonia travaille
au Service de Police de la CUM depuis 4 ans: Sonia est patrouilleur au District 1.
Après avoir acquis une formation spécialisée en radiologie et occupé un poste de technicienne pendant deux ans, Sonia entre en 1992 à l’Institut de Police de Nicolet avec une promesse d’embauche du SPCUM. La Police, c’est un rêve de jeunesse : Sonia aime l’action, l’aventure, aider les gens, le contact direct. Son orientation affective et sexuelle est connue et acceptée par sa famille et ses amis-es depuis la fin de son adolescence, mais elle choisit de ne pas la révéler à ses futurs confrères et consoeurs. Être une femme dans la Police, ce n’est déjà pas évident. Gaie en plus !? Ça fait une première marche un peu trop haute ! Quand elle débute au District 42, le 2 novembre 1992, une amie policière lui recommande la plus grande discrétion. Sonia se construit un personnage hétéro qu’elle jouera pendant un an. Une double vie difficile. En dehors du Service, famille et amis la connaissent et aiment la jeune femme gaie autant que la soeur, la fille, la cousine et l’amie. Sonia a l’impression de trahir l’amitié et la confiance de ses confrères et consoeurs de travail et de ses supérieurs. Elle a besoin d’authenticité, d’être vraie avec les autres. Son groupe, elle y tient. Elle décide de le dire, rapidement mais par étape. Josée, sa partenaire depuis quelques mois, est sa première confidente: invitation au spectacle, souper en tête à tête, révélation. Acceptation immédiate et totale. Peu de temps après, Sonia consulte quelques amis policiers à propos de son intention d’amener Isabelle au party de Noël de la relève (les policiers d’un district sont répartis en relèves ou groupes). Un peu surpris, ils lui confirment cependant eux aussi leur acceptation. Les gars sont inquiets, protecteurs, tentent de la dissuader mais sont fiers de la confiance que Sonia vient de leur témoigner. En route vers le party, Isabelle et Sonia sont résolues mais nerveuses. Isabelle a peur pour sa blonde: elle connaît l’importance de la cohésion sociale chez les policiers et les risques de rejet. Elles appréhendent la réaction des membres et des officiers du groupe quand ils les verront arriver ensemble, danser ensemble, affirmant leur amour et leur vie commune. Pourtant tout se passe très bien; le seul invité désagréable fut rapidement rappelé à l’ordre par l’épouse d’un confrère. Sonia est encouragée et heureuse. Comme ça se passe dans la Police, quelques jours plus tard, tout le District était au courant et une bonne partie du Service. On vient la voir, on l’interroge, on lui fait des confidences, on cherche conseil auprès d’elle: elle écoute, explique et rassure les uns et les autres. Depuis le début de 1995, Sonia, policière et gaie, est à l’aise dans son milieu de travail et avec ses confrères et consoeurs. Sonia connaît directement et indirectement une trentaine de policières gaies au SPCUM ! Mais une minorité seulement ont fait le même choix qu’elle: elle n’en connaît que trois. Les filles ont peur : peur du rejet par les confrères et les consoeurs, peur de l’exclusion de la vie sociale dans leur groupe. « Il y a encore des policiers qui n’acceptent pas l’arrivée des femmes dans la Police: imagine des gaies ! » Sonia est fière de son courage. Elle est aussi fière des policiers, des policières et des officiers qui l’ont acceptée comme femme et comme gaie et qui lui ont confirmé leur confiance professionnelle. Elle voudrait tellement que ses consoeurs gaies puissent elles aussi ressentir cette liberté et cette force que confèrent l’authenticité personnelle et l’acceptation par les autres. Il n’y a pas d’association de policières gaies, ni même de regroupement. Sonia explique que ce n’est pas le mode privilégié des femmes. Il existe cependant un réseau informel de communication et d’échange qui pourra s’étendre et s’intensifier avec le temps et l’évolution de chacune. Elle espère que son expérience et que son action personnelle, autant que celles des autres policières qui ont choisi de vivre leur orientation affective ouvertement au milieu de leurs confrères, pourront encourager et rassurer d’autres policières gaies. Sonia ne cherche pas ainsi à faire la promotion de l’homosexualité mais plutôt celle de l’authenticité. C’est pourquoi elle a choisi d’accepter cette entrevue et d’être disponible à celles qui voudraient communiquer avec elle. « Tu écriras, dit-elle fièrement, Sonia Hamer, policière au District 1 du SPCUM (514-280-2201) ». |
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