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Mis en ligne : 21/03/2009 Mis à jour : 28/03/2009 Texte : précédent | Texte suivant |
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L'expérience de 3 policiers gais à la Police de Montréal André Faivre | Octobre 1996 | Homo Sapiens |
Sécurité publique / Police Travail |
L'expérience de 3 policiers gais
au Service de Police de Montréal - 1996 -
Trois policiers et un étudiant en Tech-Po. Quatre cheminements différents d’affirmation de soi au sein du Service de Police
de la CUM. André Proulx, 36 ans, 13 ans d’ancienneté, agent au Service des relations publiques; Patrick, 30 ans, avocat,
étudiant en seconde de Tech-Po, conjoint d’un policier ; Jean Morency, 46 ans, policier depuis 27 ans, actuel [1996] président
de l’Association des Pompiers et Policiers gais du Québec (APPGQ); Gaétan Larochelle, 30 ans, entré au SPCUM il y a
10 ans, lui aussi membre du CA de l’APPGQ.
Réunis autour d’une table au Resto, ils ont accepté de raconter leur cheminement personnel comme gais et comme policiers gais, avec franchise et générosité, conscients de l’impact que pourront avoir leurs témoignages. Ce fut une soirée pleine d’émotions: des confidences partagées, des expériences douloureuses révélées pour la première fois. André a partagé sa vie pendant 11 ans avec une femme et est le père d’un fils de 14 ans qui l’adore. Il a pris conscience de son orientation affective au tout début de l’adolescence mais n’a été capable de l’assumer qu’à 33 ans suite à une tragédie survenue alors qu’il était patrouilleur. Criblé de balles, il revint du seuil de la mort avec la conviction profonde que la vie était trop précieuse pour être vécue autrement qu’en pleine lumière et en vérité avec soi-même et avec les autres. Il commence par se confier à son partenaire qui lui avait sauvé la vie. Très difficile: une heure à brailler. André était terrifié à l’idée de décevoir celui qui avait été son sauveur. Au contraire, la confidence resserra leur lien plus que jamais, donnant naissance à une joyeuse complicité, toujours aussi solide et précieuse. Par la suite, très rapidement, au fur et à mesure des circonstances, parents, ami(e)s, policiers et officiers découvrent un André nouveau, bien dans sa peau. L’acceptation se fait sans heurs: l’homme, l’ami, le policier et le gai sont indissociables et indissociés. Jean a commencé à se poser des questions au milieu d’une trentaine hétéro mais n’a pleinement réalisé son orientation homosexuelle qu’à l’âge de 42 ans. Pour lui, l’événement déclencheur fut son coup de foudre pour un gars, mais surtout la détresse profonde lors de la rupture qui mit fin à cette première relation amoureuse. Il se révèle à sa famille et à ses amis mais garde cependant le secret dans son milieu de travail... jusqu’en septembre 1992 où il accorde à Voir une entrevue au sujet de l’Association des Pompiers et des Policiers gais du Québec. Pendant son congé de six jours, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Partie des Districts 33 et 25 où on lit les magazines gais, la rumeur atteint la Direction du SPCUM et occupe les ondes des radio-patrouilles et toutes les conversations pendant une semaine. Ses confrères du 55 se font questionner et des citoyens téléphonent au Poste pour s’informer. En revenant au travail, son sergent l’attend, inquiet des répercussions possibles et désireux de protéger son homme. D’un commun accord, pour clarifier la situation, l’officier commandant du groupe confirme: oui, Jean Morency est gai. La réputation de Jean est bien établie au District 55. Tous reconnaissent et apprécient son professionnalisme et son implication sociale et ne changent pas d’attitude à son égard. Ses supérieurs lui maintiennent leur confiance. Gaétan a l’impression d’avoir toujours su et accepté son homosexualité mais n’est pas encore tout à fait à l’aise de l’affirmer et de l’assumer. Il n’en a jamais parlé avant l’âge de 20 ans. De 21 à 25 ans, il vit en amour avec son chum, incognito. Double vie, secrets, mensonges: l’enfer ! En mars 1995, il étouffe, incapable de continuer à vivre caché, de mentir à ses confrères. Il envisage le suicide ; l’alternative est absolue : mourir ou changer. Il consulte un psychologue qui lui recommande fortement de se taire et de demeurer clandestin au sein du SPCUM. Poussé par son instinct de survie, Gaétan se confie quand même à Lynda qui fut longtemps amoureuse de lui et à un policier, son meilleur ami depuis l’Institut [de Police du Québec]. Leur écoute chaleureuse et leur acceptation inconditionnelle lui redonnent confiance. Avec sa mère et sa soeur, c’est différent et très pénible : Gaétan dégringole (les choses se sont rétablies depuis). Mais, contre toute attente, son frère l’accueille sans réserve : Gaétan remonte. Deux ateliers d’affirmation de soi et d’estime de soi avec un groupe d’hommes gais lui redonnent des forces et lui permettront de devenir membre de l’APPGQ en octobre 1995 et d’annoncer récemment son homosexualité à son supérieur immédiat et à quelques policiers. Aujourd’hui, malgré quelques épisodes d’appréhension devant l’avenir et la crainte du rejet par ses confrères, Gaétan se sent grisé par sa nouvelle liberté et ne voudrait pour rien au monde revenir en arrière. Patrick est gai depuis toujours, mais l’a accepté à l’université lorsqu’il est tombé en amour avec un autre étudiant. Il commence alors à fréquenter le milieu gai et à s’assumer progressivement. Tout son entourage était au courant avant son entrée au CEGEP, il y a deux ans. Au Collège, des prof et quelques étudiants le savent. Les premiers lui recommandent le silence. Âgé de 30 ans, universitaire et avocat au milieu des jeunes cégépiens-nes, Patrick trouve qu’il est assez marginal comme ça sans y ajouter son orientation affective et sexuelle. Il la garde secrète. Mais cette année il décide de plonger et prend l’initiative d’organiser pour les étudiants-tes de Tech-Po une journée thématique sur l’homosexualité et y invite Jean Morency, une policière gaie, Sonia Hamer, et l’officier commandant (inspecteur) du District 32. Ce fut un succès monstre. Patrick se sent bien au CEGEP: l’orientation homosexuelle est bien intégrée dans les programmes et en général les professeur(e)s et les étudiant(e)s sont respectueux. Bien sûr, des gens sont encore mal à l’aise et on sent des îlots d’hostilité mais ils sont minoritaires. Jean, André, Patrick et Gaétan sont unanimes: il y a encore beaucoup de chemin à faire au SPCUM, le mouvement est lent mais irréversible. Irréversible et absolument nécessaire : la clandestinité des gais au travail, surtout au sein de professions qui exigent autant de cohésion que celle de policier-ère, conduit à des dysfonctionnements professionnels et à des situations de détresse personnelle intolérables. Malgré l’ouverture officielle, des zones de résistance et d’incompréhension persistent. À leur avis, les progrès attendus reposent sur un rôle accru de l’APPGQ mais, surtout, sur les efforts individuels d’authenticité et d’affirmation de chacun-e des policiers-ères gais-es. Des efforts qui méritent et doivent être soutenus par l’employeur et le syndicat. L’APPGQ est jeune et ne peut aller plus vite que la capacité personnelle de ses membres d’assumer leur orientation affective et sexuelle. Elle a cependant quelques victoires à son actif: un membership croissant de 25 membres provenant des principaux corps policiers et une visibilité accrue dans le milieu gai ; le Directeur Duschesneau du SPCUM a répondu positivement à une lettre officielle de l’association, des policiers gais ont participé à une soirée accompagnés de leurs amants ou compagnons, un policier et une policière gais ont participé à la formation des 45 candidats commandants des futurs postes de quartier, des policiers et des officiers consultent et demandent conseil au sujet d’affaires professionnelles ou familiales, etc. Pour l’avenir, ces policiers du SPCUM membres de l’APPGQ envisagent une plus grande visibilité auprès de leurs confrères et consoeurs par l’intermédiaire de la Fraternité et de la revue La Flûte. Ils souhaitent aussi une reconnaissance officielle de l’homosexualité d’une partie des ressources humaines dans le discours institutionnel du SPCUM et de la Fraternité, notamment dans les documents qui présentent les divers services au personnel. Les membres de l’Association des Pompiers et Policiers gais du Québec se réunissent une fois par mois lors d’un souper amical. Les policiers et les pompiers gais désireux d’adhérer à l’APPGQ ou de participer aux soupers mensuels sont invités à écrire au [1996] C.P. 47595, succursale du Plateau Mont-Royal, H2H 2S8. |
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