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Chroniques, chantiers et pistes de pionniers.

Mis en ligne : 08/04/2009
Mis à jour : 11/05/2009


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La descente de Police du 9 mai 2003 au Taboo
André Faivre   |   août-octobre 2003
Santé mentale / Sexualité
Sécurité publique / Police
Pédérastie | Village


La descente de Police (SPM)
au club de danseurs nus le Taboo, le 9 mai 2003



Des questions autour d'un Taboo  -  RG : août 2003
Le Taboo : première comparution  -  RG : septembre 2003
Compte-rendu de la rencontre entre la Police et les gérants de clubs de danseurs  -  Document inédit : 12 septembre 2003
Allocution devant le personnel et la clientèle du Taboo  -  Document inédit : 14 septembre 2003
La Police des « Taboo »  -  RG : octobre 2003)




Des questions autour d'un Taboo
Magazine RG, août 2003


Neuf ans sans descente de la Police depuis celle de 1994 aux Katacombes (K.O.X.). Soudain, dans la nuit du 9 mai, une quarantaine de policiers envahissent le Taboo et le déclarent « maison de prostitution et de débauche ». Ils y arrêtent une centaine de personnes. La majorité est relâchée sans fouille ni demande d'identification. Trente-quatre sont formellement arrêtés : 4 clients, 23 danseurs et 7 employés.

Pourquoi une descente maintenant au Taboo ? Les lois ont-elles changé ? Est-ce la nouvelle politique officielle du SPM, un effet pervers des promotions au PDQ-22 et à la section de la « Moralité » depuis les dernières élections municipales, l'attitude archaïque de certains îlots de résistance homophobe, le premier coup de balai d'un grand nettoyage ou bien, camouflée derrière la protection de la jeunesse et de la moralité publique, la phobie d'une homosexualité trans-générationnelle ?

Ce n'est pas le PDQ-22 qui a piloté la descente mais la section de la « Moralité » du SPM (comme au KOX, en 1994) qui s'est justifiée par le soupçon d'un réseau de prostitution juvénile (à cause de l'affaire des prêtres américains, l'été dernier) et des « plaintes » -- clients frustrés ou danseurs congédiés ?. En fait, les enquêteurs du SPM n'ont observé, pendant 4 mois et sans intervenir, qu'un seul danseur de 17 ans qu'ils ont arrêté quelques semaines avant ses 18 ans.

Les accusations signifiées au Taboo s'appuient sur une longue liste d'infractions telles que « masturbation » et « fellation », rédigée comme un réquisitoire pour le Tribunal mais sans commune mesure avec la réalité… à moins que les danseurs du Taboo ne fassent partie d'une nouvelle minorité sexuelle capable de se masturber en 4 mouvements 4 secondes. La Police pourrait sans doute expliquer comment faire une danse érotique sans gestes érotiques. Une quinzaine de gestes non conformes au permis actuel (si on exclut les autres actes criminels comme les baisers et les caresses érotiques) sur un total de 120 jours x 15 danseurs x 6 danses, est-ce si imprévisible, irresponsable et inacceptable ?

Le Taboo est probablement le club le plus « propre » de sa catégorie : pas de drogues, même pas une odeur de « pot », une gérance expérimentée et responsable avec une gestion des ressources humaines méthodique, des règlements expliqués, affichés et signés par les danseurs, aucune hésitation à remercier les contrevenants, des anciens satisfaits depuis des années et une relève régulière, un climat presque familial. Au cours de leurs visites des deux dernières années, accompagnés occasionnellement de stagiaires en formation, les policiers ont rencontré les gérants avec, chaque fois (et même pendant leur enquête), le même message « Ça fonctionne bien, tout est OK ».

Si tout « était OK », pourquoi une descente ? S'il y avait un risque réel pour la moralité publique et la protection de la jeunesse, pourquoi attendre 4 mois d'enquête et plus ? Si ces irrégularités étaient si graves, fréquentes et évidentes, pourquoi ne pas en avoir avisé les gérants et s'être concertés avec eux ? Prévention ? Partenariat ? Quelles sont les véritables motivations et intentions derrière cette opération théâtrale ?

Les gérants du Taboo ont exprimé leur déception et leur sentiment d'avoir été abusés et trahis par des policiers auxquels ils n'avaient jamais refusé leur collaboration : au contraire, ils estimaient avoir besoin d'une certaine « présence » policière pour supporter leurs efforts et mieux repérer les limites floues de la Loi dans une activité (tenir un tel club) parsemée de zones grises.

La Police ou un procureur argumentera sans doute que, en vertu de l'actuel permis du Taboo (danses à 6$), tout contact entre un danseur et un client est une infraction ; mais alors, pourquoi avoir attendu des années et pourquoi est-ce soudainement inacceptable en 2003 ? Une irrégularité administrative (une affaire de permis) justifie-t-elle une opération de 40 policiers au milieu d'une centaine de clients et des accusations criminelles contre 34 personnes alors que le Taboo est visité depuis 2 ans au moins par des policiers qui disent aux gérants en souriant que « tout est OK » ?

Un permis de danses à 10$ serait-il préférable ? Il faudrait alors démontrer en quoi des cabines pour des danses à 10$ protégeraient mieux les danseurs et éviteraient la prostitution. Il faudrait aussi consulter les premiers intéressés, les danseurs et ceux qui gèrent le Taboo depuis près de 10 ans. Quel rapport existe-t-il entre la Ville de Montréal, la SAAQ et le SPM au sujet de cette descente au Taboo ?

L'attitude du SPM dans cette affaire correspond-elle aux perspectives des leaders communautaires et des élus municipaux, provinciaux et fédéraux pour le développement socio-économique du Village/Centre-Sud ? La descente au Taboo s'inscrit-elle dans la « revitalisation » du Village/Centre-Sud et dans la concertation locale avec le PDQ-22 ? Est-ce que des propos tels que « On va fermer tout ça ces clubs de danseurs gais », « C'est un vrai nid de pédophiles », « On va nettoyer le Village de ces pervers » expriment des positions officielles ? Cherche-t-on à éliminer les « Taboo » ? Quelle sera la prochaine cible ?

Deux autres dimensions méritent une réflexion critique : le leadership de la Table de Concertation et une certaine attitude face à l'érotisme trans-générationnel (alias « la pédophilie de vieux pervers »).

Entre 1985 et 1995, à Montréal, un climat de dialogue puis de concertation s'était développé entre le milieu gai et la Police, progressivement avec les directeurs successifs du District-33 puis, en 1990-1992, avec la création du Comité de concertation entre la Police et les gais qui encouragea de nombreuses collaborations pour la sensibilisation des policiers et autour des problèmes de sécurité publique du Village. Même la descente aux Katakombes en 1994 avait fini par avoir des résultats positifs. En 1997, deux professionnels du Réseau gai d'action, d'influence et d'éducation du Québec (Réseau G.A.I.-E.) s'impliquaient dans le perfectionnement des agents senior du SPM. De quelle manière la Table de Concertation a-t-elle entretenu et développé ses rapports avec la Police depuis ? Le lendemain de la descente, son agent de liaison avec la Police en était informé par le SPM qui lui demandait sa discrétion. Quelques membres seulement de la Table ont manifesté ne pas apprécier cette consigne. Depuis, la Table a pris des positions plus fermes.

Cette opération de protection de la jeunesse et de la moralité publique ne cache-t-elle pas un préjugé presque homophobe contre l'érotisme trans-générationnel ? L'attitude policière semble être de surveiller le Taboo et de le soupçonner d'être un repère de pushers et de prostitués. La nôtre est-elle plus positive lorsqu'on entend certaines remarques au sujet des danseurs et de leurs clientèles ? Déjà les mêmes commentaires négatifs circulent autour du gars de 25-30 ans qui s'intéresse à un « jeune » de 17-19 ans, alors quand la différence d'âges dépasse 10-15 ans, les moqueries et les sarcasmes ressemblent carrément aux habituelles insultes homophobes. Est-ce pour mieux consolider notre fragile et récente acceptation ? Après avoir dépassé nos préjugés contre les « gars de cuir », les saunas, les « Queens », etc., il est peut-être temps maintenant de cesser de considérer la clientèle locale et internationale variée du Taboo (par exemple) comme des « pédophiles », des « vieux pervers » ou des « pauvres types », cibles faciles (et acceptables ?) des descentes de Police ou sujets des silences prudents et gênés.

Les danseurs du Taboo sont des travailleurs autonomes qui choisissent leur boulot et leurs horaires : plusieurs sont étudiants ou financièrement autonomes et c'est au Taboo que la proportion de danseurs gais est la plus grande. Ils sont accueillants, polis, sobres et chaleureux : leurs gestes sont affectueux ou érotiques. Il y a des sourires et du plaisir et probablement beaucoup moins d'artifices que dans certains lieux branchés ; les conversations y sont aussi intelligentes que dans les cafés, les bars ou les dancing-clubs du Village.

Combien de garçons ont trouvé au Taboo une alternative à la rue, à l'intoxication quotidienne, à la prostitution ? Combien ont trouvé leur premier boulot régulier, un tremplin, leur dignité ? Les danseurs et les gérants le savent. Danser nu devant les regards du plaisir, du désir ou du rêve n'est pas dans le tempérament de tout le monde mais gardons-nous de paternaliser ces jeunes danseurs.

Les bavures policières des 14 et 16 juillet 1990 et la descente aux Katakombes du K.O.X. en 1994 ont été des catalyseurs positifs dans les rapports entre le SPM et les gais. Pourquoi cette descente contre le Taboo ne serait-elle pas, elle aussi, le catalyseur d'un bilan, d'une prise de conscience et de l'affirmation d'un leadership dans le milieu gai (comme, par exemple, à la Table de concertation) autant qu'au SPM et une occasion de nous interroger sur le regard que nous portons sur nos « Taboo », leurs jeunes danseurs et ceux d'entre nous qui constituent leurs clientèles ?




Le Taboo : première comparution
Magazine RG, septembre 2003


Après l'Église Catholique qui dénigre l'homosexualité et condamne le mariage des amoureux de même sexe, voilà la Régie des alcools qui se prend pour la Congrégation du Saint-Office au sujet de la morale québécoise. Le 27 août, le Taboo a senti le roussi du bûcher, la révocation de son permis : il s'en est tiré avec une suspension de 75 jours grâce à son engagement d'éviter tout geste à caractère sexuel contraire à l'ordre public.

Le Taboo s'était pourtant bien préparé : les gérants en fonction durant l'inquisition policière venaient témoigner des faits et des « tout va bien » répétés par les inspecteurs et deux témoins-experts allaient expliquer aux commissaires la différence entre l'érotisme et la pornographie/indécence aux yeux de la population gaie et de la société québécoise de 2003.

La Régie a préféré réduire sa sanction afin d'éviter le combat juridique. La direction du Taboo a choisi d'accepter pour sauver l'établissement menacé de fermeture définitive mais sans toutefois renoncer aux positions légitimes qu'elle défendra devant un véritable tribunal, présidé par un magistrat professionnel et selon une procédure plus équitable.

C'est donc le 26 septembre, lors de la comparution de ses employés, et le 20 octobre, lors de celle des danseurs et clients accusés de s'être trouvés dans « une maison de débauche » et/ou d'avoir commis des actes « indécents », que le Taboo commencera une bataille importante pour les autres clubs et pour l'expression publique de l'érotisme gai. Un Comité de défense est aussi en train de se constituer.

Si la Police respecte son préavis, les 12-13 septembre seront le dernier w-e avant la suspension temporaire des activités du Taboo. Les nouveaux propriétaires du Taboo profiteront de ce passage au purgatoire pour réaliser la phase-1 des rénovations qu'ils voulaient apporter à l'établissement. À la fin de novembre, une clientèle fidèle retrouvera un Taboo rayonnant de l'énergie juvénile et sympathique de ses artistes de l'érotisme masculin.



La Police des « Taboo »
Magazine RG, octobre 2003


Le 26 septembre, lors de leur pro forma, les 8 employés du Taboo accusés d'avoir tenu une « maison de débauche « ont choisi Me Lemoyne pour défendre leur position de non-culpabilité, le 27 novembre prochain. D'autre part, le 20 octobre, le Procureur présentera sa preuve contre les 23 danseurs accusés de s'être trouvés dans la même « maison de débauche ». La majorité de ces danseurs seront représentés par Me Noël St-Pierre et ses associés.

Malgré les affirmations contradictoires entre la Police et les principaux acteurs et les incohérences de l'action policière au Taboo, on ne peut en écrire beaucoup plus sur une affaire sub judice sans risquer de nuire aux intérêts des personnes impliquées. Mais cette affaire ne se déroule pas qu'au Tribunal et soulève des enjeux importants comme la légitimité et la légalité de l'érotisme gai en public, l'incohérence policière et les notions-matraque de « débauche » et d' « indécence ».

La morale matraque

Sur l'initiative de l'Extra de Toronto, relayé par Fugues et par la Table de Concertation des gais et lesbiennes, des gens se mobilisent pour que les concepts de « débauche » et d' « indécence » soient adaptés au niveau actuel de la maturité sociale et morale canadienne. Un bon exercice de « déshétérosexualisation » et de « déféminisation » s'impose pour affirmer l'érotisme masculin !

En effet, il faut demeurer vigilant devant les pratiques policières face aux règlements de la Régie des alcools. C'est la Régie qui suspend les permis mais ce sont les policiers de la brigade de la « Moralité » du SPM qui agissent comme ses inspecteurs. Et là, pour un honnête gérant de club désireux de satisfaire sa clientèle en respectant la Loi, c'est tout un défi !

Police de quartier ou agents de la « Moralité » ?

D'un côté, il y a les policiers de la brigade de la « Moralité » qui portent des accusations de « débauche » et d' « indécence » et qui veulent entrer dans les isoloirs et de l'autre, au cœur du Village, le PDQ-22 (poste de quartier N° 22) et son Commandant, M. Beaudoin. Lors d'une rencontre organisée le 12 septembre dans le but déclaré « d'éviter que ne se reproduisent d'autres incidents comme celui du Taboo ", le Commandant Beaudoin a affirmé devant la direction des 4 clubs présents que « ses policiers n'iraient jamais vérifier ce qui se passe dans l'intimité d'éventuels isoloirs » et qu'il n'était « pas intéressé à faire une cause avec la question des isoloirs ».

Le Commandant du PDQ-22 était venu seul rencontrer les directions de clubs de danseurs de son territoire. Il a déclaré qu'un danseur était libre de ses gestes sur la scène (plusieurs danseurs du Taboo ont pourtant été accusés d'actes indécents sur scène !) mais que tout geste sexuel avec un client lui était interdit dans la salle. Il n'a pas voulu distinguer ce qui était sexuel, érotique, affectueux ou amical entre hommes, dans un club érotique.

« À gauche ou à droite Monsieur l'agent ? »

Alors, que devra faire le Taboo après ses 75 jours de purgatoire (à peine moins que lorsqu'il y a mort d'homme comme à Québec) ? Quelles règles devra-t-il suivre : celles prescrites par son entente avec la Régie ou celles annoncées par le Commandant Beaudoin ? À quelle « Police » devra-t-il se fier : aux inspecteurs de la brigade de la « Moralité » ou bien aux policiers responsables de la sécurité et de la paix publique dans le Village ? Comment le Taboo devra-t-il agir face aux clubs empressés de profiter de la promesse du Commandant du PDQ-22 de ne pas intervenir dans leurs isoloirs ?

Comment devront agir les clubs entre la modernité de la police du quartier qui favorise la rentabilité de leurs établissements et la rigueur archaïque des policiers de la brigade de la « Moralité » ? Et si le Commandant du PDQ-22 était promu dans 6 mois, devront-ils détruire leurs isoloirs ? Qui doit baliser les règles, permettre ou interdire : le PDQ-22, la brigade de la « Moralité » ou la Régie des alcools et des jeux du Québec ? De quelle marge de manœuvre dispose un commandant de PDQ dans sa mission globale de sécurité et de paix publique et dans l'esprit de police communautaire et de proximité qui a inspiré le développement des PDQ à Montréal ?

Pourquoi ne pas en parler entre hommes ?

Ces questions dressent l'un des décors d'une affaire judiciaire qui perturbe actuellement la vie de 35 personnes contre qui pèsent des accusations criminelles et qui a entraîné pour un établissement commercial légitime une sanction de fermeture de 75 jours. Les réponses à venir auront un impact certain sur l'expression de l'érotisme masculin et sur l'attitude policière à son égard. Alors pourquoi les responsables de la brigade de la « Moralité » ne viendraient-ils pas, à leur tour, discuter avec les représentants de la Table de Concertation, les gérants de clubs de danseurs, des danseurs, des clients et des citoyens concernés ?




Compte-rendu de la rencontre entre la Police et les gérants de clubs de danseurs
tenue le 12 septembre 2003 et remis à la direction du Taboo ainsi qu'aux avocats de la défense

Rédigé le 17 septembre 2003 à partir des notes que j'ai prises sur place.

TEXTE INÉDIT


Vendredi le 12 septembre, vers 15h00, se tenait, au second étage du restaurant à l'angle S-E de Papineau et Ste-Catherine, une rencontre organisée par le regroupement des commerçants du Village pour les propriétaires et gérants des clubs de danseurs avec les représentants de la Police de Montréal.

Une douzaine de personnes étaient présentes : propriétaires et/ou gérants de l'Adonis, du Stud, du Campus et du Taboo. Le Commandant Maurice Beaudouin du PDQ 22 était seul, les représentants de la section « Moralité » du SPM, annoncés et attendus, n'ayant pu participer. M. Claude Augé, co-propriétaire et gérant du Taboo m'avait invité à l'accompagner.

En introduction, le Commandant Beaudouin a rappelé que, suite « au constat d'actes indécents commis au Taboo » en janvier 2003, les enquêteurs du SPM avaient procédé à une enquête de 4 mois qui mena à la descente de mai puis aux accusations contre le Taboo et que, le 27 août 2003, le « Tribunal » [de la Régie des alcools et des jeux du Québec] avait trouvé le Taboo coupable et lui avait imposé une sentence de 75 jours de suspension. Le Commandant Beaudouin a terminé son introduction en déclarant que la rencontre avait pour objectif premier d'éviter la répétition de cet « incident » du Taboo.

Le Commandant Beaudouin a déclaré qu'en janvier les enquêteurs avaient averti verbalement mais officiellement les propriétaires et gérants du Taboo que des actes indécents y étaient commis et d'y voir.

Le Commandant a affirmé que puisque les propriétaires et/ou gérants du Taboo n'avaient pas agi en conséquence, la Police avait interprété leur inaction comme de l'indifférence, de la complaisance envers les actes commis et du laxisme dans la gestion, procédant alors à la décision d'une enquête pour constituer la preuve des accusations qu'elle allait déposer contre le Taboo.

Par deux fois, le Commandant Beaudouin a confirmé cette affirmation en répondant à la surprise exprimée par M. Claude Auger qui la contredisait en répétant les déclarations des gérants en fonction au Taboo à cette époque qui ont toujours nié avoir été ainsi avertis.

Le Commandant a déclaré qu'il avait été informé du travail des enquêteurs de la brigade de la « Moralité » dès janvier. Il a affirmé avec conviction qu'il ne prenait jamais les gens par surprise. Il a précisé que l' « avertissement » servi aux gérants-proprios du Taboo en janvier avait été verbal.

Le Commandant a déclaré que le principal problème était que des gestes à caractère sexuel avaient été commis à la vue du public et que des isoloirs règleraient ce problème puisque les gestes posés à l'intérieur de ces isoloirs ne seraient plus à la vue du public. Il a répété que la Police ne voulait pas « faire de cause » au sujet des isoloirs et que ses agents n'iraient jamais voir, regarder ou vérifier ce qui se passait dans des isoloirs. Il a cependant reconnu que la Loi était imprécise au sujet des isoloirs.

Le Commandant a expliqué qu'aucun contact sexuel n'était permis en public entre un danseur et un client : il n'a pas voulu définir ce qu'étaient des gestes sexuels et il n'a pas voulu expliquer la différence entre un geste sexuel, un geste érotique et un geste affectueux quand je le lui ai demandé à deux occasions. Mais il a donné comme exemple de gestes face auxquels il fallait « user de son jugement » : baisers et caresses entre clients et danseurs.

Le Commandant a déclaré qu'un danseur pouvait se toucher n'importe comment sur scène en public tant qu'il y était seul. Je lui ai alors demandé comment il se faisait que plusieurs danseurs avaient été accusés d'être en érection et/ou de se masturber sur scène parce qu'ils s'étaient caressé le pénis ou avaient fait semblant se caresser le pénis. Le Commandant a semblé interloqué puis a pris note et a promis de vérifier « au sujet de la masturbation sur scène ».

Lorsque M. Claude Auger lui a demandé par trois fois, à des moments différents, si tout ce qu'il disait ici liait aussi la brigade de la « Moralité » et s'il parlait aussi au nom de la brigade de la « Moralité », le Commandant Beaudouin a dit qu'il parlait aussi au nom de la brigade de la « Moralité » qui agirait selon ses dires.

Le Commandant a aussi déclaré que
  • « aucun client ne pouvait monter sur la scène lorsqu'un danseur y était »

  • « aussi longtemps qu'un danseur ne sollicitait pas dans le club, c'était OK »

  • « un seul client et un seul danseur pouvaient se trouver à la fois dans un isoloir »

  • « deux danseurs ne pouvaient pas se toucher sur la scène »

  • « la vérification de l'identité et de l'âge d'un candidat danseur par l'observation d'une carte d'identité avec photo (permis de conduire ou carte de la RAMQ) était suffisante »

Mes impressions personnelles sur la base de mon expérience acquise auprès de la Police de Montréal

  • Comment ce qui était illégal aux yeux des enquêteurs durant leur enquête, lors de la descente de mai et au moment de la rédaction des accusations, peut-il être déclaré permis le 12 septembre par le Commandant Beaudoin (actes indécents sur scène et dans la salle) ?

  • Le Commandant a voulu éviter de discuter de la nature et de la définition des actes indécents.

  • Le Commandant est mal informé du contenu des dossiers d'accusation des danseurs.

  • Ni la Régie des Alcools ni la brigade de la « Moralité » ne sont au courant des déclarations du Commandant du PDQ-22 au sujet des actes des danseurs sur scène et des isoloirs. La Régie n'est probablement pas d'accord avec le PDQ-22 à ces sujets.

  • Le Commandant est inconfortable avec le fondement de certaines des accusations portées par les enquêteurs de la brigade de la « Moralité ».

  • Le Commandant couvre la brigade de la « Moralité » ou doit gérer la situation malgré les gestes de cette brigade : il ne prend pas les gens par surprise mais, sur la foi des déclarations répétées des anciens gérants du Taboo, la brigade de la « Moralité », elle, semble bien l'avoir fait ; le PDQ-22 n'est pas la brigade de la « Moralité » mais c'est le PDQ-22 qui fait la Police dans le Village.

  • Le Commandant a posé un geste (cette rencontre) de relation publique suite à des pressions, à une demande ou à une « invitation » extérieure et à l'intention des autres clubs de danseurs (commerçants du Village).

  • Au cours de la réunion, j'avais l'impression croissante que les autres clubs entendaient exactement ce qu'ils voulaient entendre et qu'ils étaient bien heureux (et ils le manifestaient ouvertement) de ne plus avoir de problème parce que la Police leur garantissait ne jamais aller voir ce qui se passait dans les isoloirs qu'ils pourraient installer.

    Leur certitude ne repose que sur la compréhension au premier degré des propos du commandant du PDQ-22 : je crois qu'ils surestiment les pouvoirs, l'influence et la permanence d'un commandant de poste de quartier au SPM et qu'ils comprennent mal les rapports organisationnels entre un Poste de quartier et une section ou une brigade et pas mieux la relation entre la Police et la Régie.

    Ils s'imaginent faussement qu'un commandant de PDQ va dicter la conduite de la brigade de la « Moralité » du SPM. Si la brigade de la « Moralité » et la Régie veulent maintenir leur attitude actuelle face aux actes qui sont reprochés au Taboo, les policiers du PDQ-22 et leur officiers ne pourront pas s'y opposer et ils devront prêter main forte aux inspecteurs de la « Moralité » et agir eux-mêmes comme inspecteurs de la Régie s'ils en reçoivent l'ordre, comme ça s'est passé au Katacombes du K.O.X. en 1994.

  • En conclusion, les paroles du Commandant du PDQ 22 ne sont à mon avis que des relations publiques et le Taboo ne devrait pas s'y fier. Je recommande que le Taboo maintienne la brigade de la « Moralité » et la Régie dans son colimateur. À mon avis, la seule garantie valable de conformité et de paix future sera celle que le Taboo pourra obtenir de la Régie (ou peut-être de la brigade de la « Moralité »).




Allocution prononcée devant le personnel et la clientèle du Taboo
le 14 septembre 2003, dernier dimanche avant la fermeture temporaire


TEXTE INÉDIT


Ce soir, c'est une fête et une sorte de manifestation pour dire que le Taboo ne se laissera pas enfermer dans des règles dépassées et des règles floues.

La défense des danseurs accusés est entre les mains d'avocats compétents : plus de la moitié des danseurs sont défendus par 3 avocats du bureau de Me Noël St-Pierre qui a une solide expérience de ce genre de situation.

La Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec a pris une position ferme que vous pourrez lire dans le magazine RG à la porte. La Table de concertation a choisi de se mobiliser pour faire disparaître cette vieille notion de maison de débauche. Tous les media gais ont supporté le Taboo : le magazine RG a consacré 2 pages dans ce numéro au sujet du Taboo et il a promis l'espace nécessaire pour continuer.

Dès que Claude nous donnera le signal, il y a des gens qui ont promis de se constituer en Comité de Défense pour soutenir la cause du Taboo et de ses danseurs.

La dernière descente de Police à Montréal contre un club gai a eu lieu en 1994, contre le KOX. La Police avait arrêté et accusé plus de 140 clients en prenant leurs photos et leurs empreintes digitales, sur place, en pleine nuit, pendant 2 heures, comme s'ils étaient des criminels. Nous avons aussitôt formé un comité de défense et, en 1995, le Procureur et la Police ont dû reculer et abandonner toutes les accusations contre136 clients.

Quand la Police a fait sa descente en mai, ici, elle n'a pas arrêté les clients : elle avait appris quelque chose en 1994. Maintenant, faut que la Police apprenne qu'en 2003 on arrête pas comme ça des danseurs et des employés en les accusant d'être dans une maison de débauche : le Taboo n'est pas une maison de débauche, nous, les clients, ne sommes pas des débauchés et les danseurs ne sont pas des voyous ni des prostitués !

La fête de ce soir et celle qui aura lieu à la réouverture au début de décembre est pour nous dire que le Taboo est un lieu ou s'exprime un érotisme masculin naturel dont personne n'a à avoir honte et qui ne justifie surtout pas de se faire arrêter ni accuser lors de descentes de Police. Une fête pour nous dire aussi que le Taboo n'est pas seul.





Pages animées par Jacques Beausoleil, psychologue, et André Faivre, andragogue
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